Homélies

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12.03.2019
Titre : 1er dimanche de Carême - 10 mars 2019
Auteur : Père Bernard Heudré


1er dimanche de Carême - 10 mars 2019


Dans le déroulement d’une vie humaine, le début et la fin ont toujours une dimension privilégiée. C’est la raison pour laquelle les mots qui sont alors prononcés marquent plus intimement ceux qui les entendent. Un père et une mère guettent les premiers mots de leur petit enfant. C’est d’ailleurs souvent vers eux que ces mots s’adressent pour les nommer. De la même manière, s’inscrivent dans la mémoire les derniers de quelqu’un qui va passer la mort.
Il en va ainsi d’une vie comme il en va de toute prise de parole. Ainsi lorsque Jésus répond à la demande de ses disciples qui ne savent pas comment prier et qu’il leur donne cette prière jaillie de sa relation avec son Père, il commence par dire « Notre Père » et il termine par « délivre-nous du mal ». Tout est dit. A nous de l’accueillir et de le méditer. J’aimerais vous aider en ce sens.
Souvent, au cœur de l’épreuve, un être humain devenu adulte appelle avec ces mots jaillis de l’enfance « papa » « maman ». Pour moi, ce qui me rend le Christ proche, c’est la profondeur de son expérience humaine. Prenons le temps, en lisant les Evangiles, de l’accueillir dans son humanité et c’est ainsi, et ainsi seulement, que nous comprendrons sa relation avec son Père.
Au début de son ministère, il est comme pris par un tourbillon qui aurait pu le déstabiliser, celui que nous révèle ce récit des tentations au désert.
Comme le peuple d’Israël, dans sa traversée du désert, avait été affronté à la tentation de la nourriture, de la domination sur autrui et du défi lancé à Dieu lui-même, Jésus prend ce parcours d’obstacles à son compte. Le peuple y a succombé, Jésus lui en triomphe, par la fidélité à son Père.
Avez-vous remarqué qu’il habite si bien la pensée de son Père qu’il peut opposer la Parole de Dieu à chaque tentation ?
Et pourtant il a affaire à forte partie, celui qui est nommé par un mot, le diable, dont le sens étymologique est « celui qui divise ». La pire tentation à laquelle le diable cherche à nous faire succomber consiste à nous faire douter de notre filiation divine et ainsi casser la relation fraternelle avec les autres. « Si tu es le Fils de Dieu » dit-il à Jésus, et il manipule la Parole de Dieu avec brio. N’est-ce pas lui qui, déjà au jardin de la Genèse, a perverti la Parole de Dieu pour faire douter l’humanité de la bonté divine et l’inciter à se méfier du Créateur ?
Vous en avez tous fait l’expérience, rien n’est pire dans la relation humaine que d’y semer le doute. Que de malentendus, que d’incompréhensions, que d’affrontements y prennent leur source ! Qualifier cette attitude de diabolique, la caractérise très bien.
Jésus nous dit la manière d’y résister, la seule manière, la fidélité à la Parole de Dieu, à la pensée de Dieu, avec le souci d’y correspondre en toute situation.
L’apôtre Paul nous instruit dans le même sens, en expliquant cette affirmation si éclairante de la Bible : « Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur ». En accueillant cette Parole régulièrement dans nos liturgies et en la méditant chez soi, nous ouvrons nos intelligences et nos cœurs à la pensée de Dieu, à l’exemple de Jésus.
Cette Parole nous rappelait, dans la première lecture, combien Dieu est proche de nous. Les premières générations de son peuple en avaient fait l’expérience et pouvaient confesser : « Il a entendu notre voix quand nous avons crié vers lui, il nous a conduits sur le bon chemin ».
Puisque la mode est aux gilets – je ne dis rien de leur couleur – n’arrêtons pas quant à nous d’endosser le gilet de la Parole de Dieu. Il peut nous tenir au chaud à condition de ne pas le détricoter.
C’est bien de ce dont Jésus nous met en garde en terminant sa prière par « délivre-nous du mal ». Pour lui, ce ne sont pas des mots en l’air. Ce combat contre le mal, il l’a vécu intensément, dans la joie et dans l’épreuve.
Mais le mal n’est pas quelque chose d’impalpable qui se dissipe comme la brume au premier soleil du matin. Qu’il se nomme, le diable, celui qui divise, comme je vous l’ai dit, ou Satan, l’adversaire, c’est le sens du mot, il est une personne et même très rusée.
Aujourd’hui, on voudrait bien l’ignorer, le considérer comme une invention, mais précisément tout son art tient dans la dissimulation. Jamais il n’entre de force dans la maison. Il est même très bien élevé, il frappe à la porte, il entre avec ses manières très séduisantes. Il est plus intelligent que nous, il nous fait perdre la tête, et, à la fin, c’est nous qui sommes perdus. Le Christ n’a pas discuté avec lui. Il s’est contenté de lui dire « va-t-en, va-t-en ! »
C’est la condition même de notre vraie relation avec le Père, c’est la condition même de la vraie fraternité. Le mot est devenu tellement passe-partout qu’il finit par ne plus rien dire de vrai et de profond. Gardons-nous de l’illusion d’une fraternité de bons sentiments.
Rappelons-nous ce que Paul nous a dit à l’instant : « Entre les juifs et les païens, il n’y a pas de différence ». Parole qui peut paraître audacieuse, peut-être un peu idyllique. Mais n’oublions pas ce qui la fonde : « Tous ont le même Seigneur ».
Être de simples habitants de la même planète ne nous rapproche pas forcément. Nous voyant tous si différents et si nombreux, nous ne pourrions bien n’être plus sur cette terre que des rivaux. L’actualité aux quatre coins du monde nous en donne malheureusement trop souvent l’illustration.
C’est au nom du Père que les chrétiens se disent frères de tout homme. Nous ne pouvons pas oublier que nous avons envers chacun une relation constitutive, celle de fils de Dieu. C’est vrai, tous les hommes ne reconnaissent pas Dieu, mais nous qui le reconnaissons, nous considérons que tous les hommes sont nos frères. Si la fraternité nous est donnée, il faut sans cesse la recevoir et, soyons sans illusion, elle peut, certains jours, être un combat. Elle nécessite un don de soi qui dépasse le premier attrait.

Un frère, c’est quelqu’un avec qui nous ne sommes jamais quitte. Certes nous ne pouvons avoir la prétention de régler tous les problèmes. L’important c’est de pouvoir lui signifier : « Je suis là, je sais que tu existes ». Reconnaissons qu’il peut avoir besoin de le montrer, mais cela suppose un échange, l’attention de notre regard.

Tout au long des homélies de ce Carême, nous allons méditer sur la fraternité. Mais demandons d’abord au Seigneur : « Aide-moi à voir un frère, une sœur, en chaque personne rencontrée ».


Amen
Père Bernard Heudré


07.03.2019
Titre : 3ème dimanche de l’Avent Année C - 16 décembre 2018
Auteur : Père Paul RANDRIAMANANA


Homélie 3ème dimanche de l’Avent Année C - 16 décembre 2018


Frères et sœurs, nous sommes au 3ème dimanche de l’Avent, à mi-chemin de la fête de la nativité. Dans la tradition de l‘Eglise, ce dimanche s’appelle dimanche de la Joie. C’est ce que signifie la troisième bougie que nous venons d’allumer tout au début de la célébration : bougie de la joie. C’est ce que signifie la couleur liturgique de ce dimanche qui n’est pas le violet comme d’habitude mais le rose : couleur de la joie comme si on était déjà au rendez-vous de Noël. Et les lectures d’aujourd’hui nous plongent largement dans cette joie exceptionnelle car elle n’est pas comme les autres.
Commençons notre partage par la deuxième lecture où Saint Paul s’adressant aux Philippiens écrit : « Frères… soyez dans la joie. » En effet, cette joie est comme une entité vivante qui est prête à héberger tout le monde sans d’autre condition que la décision d’y entrer et d’y rester. Elle n’est pas donc quelque chose de superficiel. Elle n’est pas forcément le rire. Elle est une force intérieure, fruit de l’espérance de rencontrer le Seigneur. Saint Paul le précise bien en écrivant que « Soyez dans la joie car le Seigneur est proche ». Elle est l’expression de la soif de Dieu, de l’élan du cœur vers Dieu, voulant habiter avec Lui l’Emmanuel. C’est la joie de l’Avent pendant lequel nous avons hâte de célébrer la nativité du Seigneur qui est déjà tout proche.
Ensuite, l’Evangile nous explique implicitement que cette joie est aussi celle du cœur renouvelé par l‘enseignement du Prophète au bord du Jourdain. En effet, Jean le Baptiste a réalisé sa mission sur la rive de Jourdain. Il s’agit d’annoncer la venue du Messie et de préparer les gens à l’accueillir en proclamant le baptême de conversion pour le pardon des péchés. Il a baptisé les convertis avec de l’eau pour exprimer le cœur purifié et renouvelé et désormais prêt à accueillir le Seigneur.
Ces différentes étapes de conversion font naître au cœur des convertis une joie inexprimable qui les pousse à aller plus loin. Et voilà, tout le monde tourne vers Jean ses demandes respectives. Que devons-nous faire ? En fait, purifiés des péchés, ils demandent à Jean leurs pénitences. Les réponses de Jean sonnent bien dans nos oreilles : partager, ne pas pratiquer la corruption et ne pas commettre de violences. Ce sont ce que nous appelons des actes de charité. C’est ce qui caractérise la joie de l’Evangile : elle ne se replie pas sur elle-même. Elle est ouverte et tournée vers les autres afin qu’ils en soient bénéficiaires.
Notre paroisse tient beaucoup à ce devoir du partage pour nous préparer à la fête de la naissance du Christ. Il est l’autre, le plus fort, plus grand que moi, disait Jean Baptiste, car il est Dieu, le Verbe qui s’est fait chair. Il nous a baptisés, il nous baptisera dans l’Esprit pour nous délivrer de l’emprise du péché et pour que nous devenions aussi fils du Père comme Jésus. Et le feu de cet Esprit réchauffe toujours nos cœurs pour que nous restions fidèles en lui et afin que notre joie soit parfaite.
Enfin, cette joie est surtout celle de Dieu selon la prophétie de Sophonie que nous avons écoutée dans la première lecture. Au temps de Sophonie, le peuple d’Israël était exilé à Babylone et colonisé par les Nabuchodonosors. Là-bas, les hébreux étaient dans la misère car ils étaient devenus esclaves et effectuaient des travaux pénibles et surtout il leur était interdit de prier (c’était même la plus grande affliction pour ce peuple déporté). Ils sont alors tombés dans le désespoir profond.
C’est dans cette situation que Sophonie intervient pour apporter la parole de Dieu, pour relever la tête de ce peuple exilé. Il disait : « Ne craint pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir ! Le Seigneur ton Dieu te délivrera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fêtes ». La joie de Dieu délivre son peuple. La joie de Dieu c’est son amour, la joie de Dieu c’est sa miséricorde, la joie de Dieu c’est son peuple qui marche à sa rencontre. Ce sera la joie de Noël, celle de la rencontre de Dieu avec son peuple parce que Noël c’est Dieu avec nous. Pour finir, laissons retentir dans nos cœurs le message d’aujourd’hui : « Soyez dans la joie du Seigneur !»


Amen
Père Paul RANDRIAMANANA


07.03.2019
Titre : La Sainte Famille - 30 décembre 2018
Auteur : Père Paul RANDRIAMANANA


La Sainte Famille - 30 décembre 2018


La fête de la Sainte Famille est un prolongement de la célébration de la Nativité du Seigneur. Une continuité qui nous explique davantage le sens profond de l’Incarnation : dans son projet ultime de sauver toute l’humanité, Dieu devient l’un de nous, notre ami. Il vit dans une famille bien connue : celle de Marie et Joseph. Ainsi la famille devient le lieu propice et donc un moyen privilégié pour la réalisation de ce projet de salut. Cette vocation est dévolue à toutes les familles humaines, de génération en génération avec le modèle de la sainte famille de Nazareth que nous fêtons en ce dimanche. L’Evangile d’aujourd’hui nous présente en quoi cette famille est un modèle pour toutes les familles, pour vivre leur vocation de coopératrice de Dieu dans son œuvre salvifique.
Au premier plan, Luc raconte que « Tous les ans les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque, et quand il eut douze ans, comme c’était de règle, il monta avec eux ». Ce fait souligne que les parents de Jésus sont des juifs pieux qui observent bien la loi. C’est une famille très croyante et pratiquante. C’est le premier modèle que nous pouvons contempler dans la vie de la sainte famille. Vivre la foi, vivre en Eglise et se mettre en contact avec Dieu qui est la source de leur existence. Car notre Dieu est aussi en famille en tant que Père, Fils et esprit Saint.
Montés à Jérusalem avec une marche de trois jours, ils ne laissent pas leur fils derrière eux. Toute la famille est montée à Jérusalem main dans la main. Un geste qui exprime l’amour qui lie cette famille mais aussi le devoir de parents assuré par Marie et Joseph, d’éduquer leur fils. Ils n’ont pas hésité à transmettre la foi du peuple élu à leur fils Jésus. Et cette éducation n’est pas restée seulement dans la sphère de la foi. Mais ils l’ont cherché quand il était perdu, ils l’ont grondé lorsqu’il leur a semblé que Jésus n’avait pas une attitude correcte. Car c’est bien marqué ici, qu’à la fin de la fête, Jésus s’est éclipsé. En le retrouvant au temple la mère montre son incompréhension « Mon fils, pourquoi nous as-tu fait cela ?». L’éducation était complète et c’est pourquoi Jésus « grandissait en sagesse, en âge et en grâce, aussi bien devant Dieu que devant les hommes. »
C’est le deuxième modèle que nous pouvons contempler chez la famille de Nazareth. C’est une école de la prise de responsabilité dans l’éducation de l’enfant. Marie et Joseph nous apprennent à accueillir les enfants comme un don de Dieu. Les engendrer, les éduquer est une manière merveilleuse de coopérer à l’œuvre de Dieu créateur et à son projet de sauver l’humanité. C’est dans les familles unies que les enfants peuvent trouver la maturité, peuvent faire l’expérience de l’amour gratuit, de la tendresse et du respect réciproque, de la compréhension mutuelle, du pardon et de la joie. Et ces vertus sont déjà le rayonnement de la vie sauvée.
Le troisième éclairage, c’est le premier mot de Jésus lorsque ses parents le retrouvent dans le temple et lui demande pourquoi il s’est égaré. Il leur répond « comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? ». Jésus affirme que fils de Marie et de Joseph, il est aussi Fils du Père Ton Puissant. Il est Dieu. Joseph était en silence, Marie n’a plus de mots à dire. Dieu habite sous leur toit et ils l’ont accueilli avec une foi ferme et dans l’obéissance du cœur. Ils étaient dans l’adoration et la méditation permanente : « Sa mère (Marie) gardait dans son cœur tous ces évènements ». C’est surtout ce Dieu toujours présent dans leur vie qui a sanctifié la famille de Nazareth. Ce n’était pas la famille de Joseph ou de Marie, mais la famille de Jésus Marie Joseph. Car la famille est centrée sur Jésus.
Ici nous apprenons que si la famille chrétienne est appelée « église domestique », c’est par ce qu’elle est centrée sur la Personne de Jésus à l’exemple de la Sainte Famille. Car l’Eglise est le corps du Christ. Elle vit du Christ. L’église domestique a donc vocation à faire resplendir la lumière des vertus évangéliques et à devenir un levain pour le bien de la société. Chaque famille chrétienne est alors invitée à vivre les caractéristiques typiques de la Sainte Famille qui sont : la méditation et la prière, la compréhension mutuelle et le respect, l’esprit de sacrifice de soi, le travail et la solidarité. Car c’est cela aussi la vie et la mission de l’Eglise mère.


Le quatrième et dernier éclairage, c’est le comportement de Jésus devant ses parents. L’Evangile souligne qu’« il leur était soumis ». C’est un abrégé de la vie de Jésus. Lui, le Dieu avec nous, nous apprend comment vivre en famille. Sa soumission est synonyme d’obéissance, du respect, de la solidarité entre parents et enfants. Jésus était toujours à côté de ses parents pour les soutenir, et il a eu toujours souci de ses parents jusqu’au pied de la croix. Pour nous, ce n’est pas très chrétien de laisser seuls des parents dépendants en raison de la liberté, en raison de l’indépendance, en raison du travail etc. Nous sommes appelés à aimer nos prochains alors que nous mettons à côté de la porte de notre cœur nos propres parents. Soutenir nos parents se signifie pas seulement remplir leur réfrigérateur, mais il s’agit surtout d’une présence, de l’affection, de l’assistance, de l’acompagnement, de la compréhension et du pardon. Ainsi notre famille sera sainte.


Amen
Père Paul RANDRIAMANANA

07.03.2019
Titre : Homélie sur Luc 6, 39-45 : 8ème dimanche C - 3 mars 2019
Auteur : Père Paul RANDRIAMANANA


Homélie sur Luc 6, 39-45 : 8ème dimanche C - 3 mars 2019

Aux questions que Jésus posait si un aveugle peut guider un autre aveugle et si un disciple est au-dessus du maitre. A la seconde question, il répond lui-même en affirmant que celui qui est bien formé sera comme son maitre.
En effet, Jésus explique qu’il nous faut un bon Maître clairvoyant pour nous accompagner au chemin de la lumière et nous conduire vers la perfection. Il est pour nous ce bon maitre.
Dans son école, il nous invite à se comporter comme un disciple, accepter d’être humble, se mettre à son écoute et se laisser guider par Lui. Je crois que c’est l’attitude que nous devons avoir en tant que chrétiens si nous voulons voir la lumière et atteindre le terme de notre cheminement qui est de devenir comme Lui.
Jésus nous interpelle aussi de choisir un maitre, car il y en a plusieurs, pas un maitre qui opprime et qui rend esclave, pas un maitre qui conduit aux ténèbres mais un maitre qui sauve et libère et qui est toujours avec nous, à coté de nous et en nous.
Sur la question de la paille dans l’œil d’un frère et de ne pas remarquer la poutre dans son propre œil, Jésus veut nous enseigner de bien voir et de bien se voir.
C'est-à-dire, se mettre devant un miroir pour se regarder sans être narcissique, avec un discernement sur soi-même afin de pouvoir enlever la poutre dans ses propres yeux. Autrement-dit, avant de critiquer les autres et dire du mal d’eux, il faut reconnaitre ses propres défauts et faiblesses et avoir le courage de les corriger.
La maturité spirituelle commence à cette prise de conscience et d’auto-correction, c’est le chemin vers la sainteté, et cette route de sainteté nous oblige à ne pas laisser tomber les autres dans leur difficulté mais de les aider s’épanouir et avancer sur ce même chemin en enlevant la paille dans leurs yeux.
C’est la correction fraternelle et c’est un acte de charité. Cela demande un bon témoignage et une cohérence de vie en tant que disciples. Car un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit. Que ce que dit notre bouche soit ce qui déborde de notre cœur.
A l’approche du carême qui arrive, frères et sœurs, penchons nos oreilles à l’écoute de notre Maitre, il est notre seule référence, notre guide. Sa parole est la lumière de nos pas, la lampe de notre route.

Écoutons ce qu’il dit, regardons et imitons ce qu’il a fait, et marchons à sa suite pour ne pas tomber dans les ténèbres.

Amen !
Père Paul RANDRIAMANANA


06.03.2019
Titre : Homélie du Christ Roi
Auteur : Paul RANDRIAMANANA


Homélie du Christ Roi - 25 novembre 2018


Ce 34ème dimanche du temps ordinaire marque la fin de l’année liturgique B. Désormais nous commencerons l’année C dès dimanche prochain, premier dimanche de l’Avent. Aujourd’hui, l’Eglise oriente nos regards vers le Christ Roi de l’Univers, lui qui est l‘origine et le terme de notre vie. Il est le Roi de notre histoire. Roi des rois, roi de tous les présidents, roi du monde, roi de l’Eglise qui est son peuple.
Les trois lectures que nous venons d’écouter nous aident à comprendre ce que nous célébrons. Nous voyons d’emblée dans l’Evangile que c’est Jésus en personne qui nous révèle la nature de sa royauté à travers sa réponse à la question de Pilate de savoir s’il est roi. Il a répondu « C’est toi-même qui dis que je suis roi …». Je suis Roi. Oui, il est Roi. Mais de quelle royauté s’agit-il. D’où vient son autorité ? Car ici, il est en face d’une autorité romaine, en face des juifs qui ont soif d’un roi messianique libérateur du peuple d’Israël dominé par les romains à l’époque. C’est Jésus qui nous répond : « ma royauté n’est pas de ce monde ».
Sa royauté n’est pas de ce monde. Parce que son titre de roi exprime sa nature divine. Le Christ est Roi car il est Dieu. Il est le fils du Père Tout Puissant. C’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre. Le livre de l’Apocalypse que nous avons écouté dans la deuxième lecture lui attribue alors le titre de « Souverain de l’univers ». C’est lui le Fils de l’homme, qui règne sur tous les peuples et sur toutes les nations et sur tous les gens de toutes langues, annoncé par le livre de Daniel dans la première lecture. Vraiment notre Seigneur est le Roi de l’Univers.
Sa royauté n’est pas de ce monde car son autorité est différente du pouvoir humain où se jouent le rapport de force et la défense d’intérêts particuliers par des magouilles et des lobbies. Son autorité n’est pas de ce monde. C’est un pouvoir divin qui se fonde sur la vérité, c’est-à-dire en Dieu Lui-même. C’est une vérité libératrice tournée vers la défense du bien commun supérieur que sont la vie d’ici-bas et la vie qui dure éternellement. Son autorité est pour la vie et se traduit en effet comme un devoir de service. Il est Roi non pour être servi mais pour servir et donner sa vie pour la rançon de la multitude. D’ailleurs, sa royauté n’a pas été proclamée dans une investiture triomphale, avec des foules pour l‘acclamer. Au contraire, c’était dans la honte et la défaite devant des accusateurs, prêt à tout, au cours de sa Passion. C’est pour exprimer que le Christ Roi domine le monde non pas par la force des armées mais par la Croix, non pas par la haine et les sanctions pénales, mais par la miséricorde. Il n’a aucun intérêt à défendre sauf celui du salut de toute l‘humanité.
Sa royauté n’est pas de ce monde. Jésus ne veut pas régner tout seul, il nous appelle à devenir roi avec Lui. Vous connaissez le fameux adage du commerce : les clients sont rois. Jésus, lui, ne cherche pas à fidéliser des clients consommateurs, mais il fait de nous un peuple de rois pour instaurer avec Lui son règne dans ce monde qui est règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix. Nous répondons positivement à cet appel si nous écoutons sa parole et si nous en témoignons en paroles et en actes sur le chemin de la vérité, sur la route du partage (donc de la charité), sur le chemin de l’écoute et du pardon mutuel. Notre Roi mène un combat pour la vie tout simplement parce qu’il est la Vie. Nous répondons activement à cet appel si nous reconnaissons sa puissance et acceptons qu’il règne dans notre vie. En faisant ainsi, nous régnerons avec Celui qui est l’Alpha et l’Omega de notre histoire.

Amen.
RANDRIAMANANA Paul


04.03.2019
Titre : 5ème dimanche du temps ordinaire - 10 février 2019
Auteur : Père Bernard Heudré


5ème dimanche du temps ordinaire 10 février 2019


L’histoire nous apprend qu’il n’a jamais été facile de prévoir l’avenir. Mais il y a eu des époques où cela était encore plus difficile. Et il est permis de se demander si nous ne sommes pas en train de vivre l’une de ces époques. La crise que traverse notre pays en est sans doute l’illustration.
Bien sûr, il y en a qui se croient toujours plus malins que les autres, et ils y vont de leurs oracles, de leurs conseils, de leurs jugements catégoriques.
Peut-être que Pierre et ses compagnons de pêche du lac de Tibériade auraient pu faire ce genre de remarque à Jésus. « Toi, le charpentier de Nazareth, que connais-tu de notre métier ? Nous ne savons peut-être pas grand-chose, mais nous connaissons notre métier appris dès notre jeune âge. » Lorsque Pierre dit à Jésus : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre … », il sait de quoi il parle. C’est en effet pendant la nuit que l’on pêche.
Jésus alors, s’il avait connu le métier, aurait pu les inviter à aller se mettre au sec, à laver leurs filets et les ranger, et aller dormir, en vue d’être en forme pour la nuit suivante. Mais lui aussi a le sien, un métier pas comme les autres, celui de prophète, à la suite de tant d’autres dans l’Ancien Testament, comme Isaïe par exemple, qui nous est présenté aujourd’hui. Attention, comprenons bien le sens du mot prophète : non pas celui qui prédit l’avenir mais, au sens étymologique du mot, celui qui parle pour Dieu, au nom de Dieu.

Alors que ses apôtres sont le plus souvent des manuels, Jésus, lui, est un homme de la parole, qui sait manier les mots et les discours. Faisant semblant d’ignorer leur fatigue, il leur impose l’enseignement qu’il adresse aux foules pour répondre à la mission que son Père lui a confiée. Alors que ses disciples sont normalement debout dans la barque pour leur travail, Jésus, lui, est assis comme un maître.
Mais l’essentiel est qu’il a su établir avec eux une relation de confiance. Ce n’est pas à l’aveuglette qu’ils se sont mis à sa suite. Ils ont été touchés par la parole qu’ils ont entendue, si l’on se reporte au chapitre qui précède celui de l’Evangile d’aujourd’hui, dans la synagogue de Nazareth ou à Capharnaüm, une parole qui accomplit ce qu’elle annonce : la guérison de l’homme blessé, infirme, empêché de déployer ses possibilités.
C’est la raison pour laquelle Pierre accepte de ne pas se retrouver chez lui, en famille. Il ajoute en effet aussitôt : « Mais, sur ta parole, je vais jeter les filets ». Il prend le risque, il mise sur la parole de Jésus, et on connaît la suite : « Ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer … ».
La suite sera encore plus belle pour Pierre. Jésus l’associe complètement à sa mission : « Désormais ce sont des hommes que tu prendras », et Pierre va s’associer à un certain Paul qui, lui aussi, ne s’imposait pas d’emblée dans la confiance. Lui qui avait persécuté les amis et disciples de Jésus, va consacrer toute sa vie à annoncer la Parole qui sauve, qui libère, qui redonne à l’homme toute sa dignité et toute sa beauté.
Et vous connaissez la suite. La petite centaine de fidèles de Jésus ayant vécu l’expérience de sa Résurrection va quitter Jérusalem, porter la Bonne Nouvelle au travers de l’Empire romain, contre vents et marées. Au terme de vingt siècles de cette annonce, l’Evangile et toute la personne de Jésus sont connus à la surface de toute la terre, jusqu’en Asie, en Amérique et en Afrique, jusqu’à ces petites îles perdues dans le Pacifique, les îles Tonga où le pape François a eu l’audace de nommer l’évêque cardinal.

Frères et sœurs, il peut nous arriver aujourd’hui, comme à Pierre, d’être atteints par le doute. Si notre regard reste braqué sur le monde occidental, nous pouvons être inquiets, devenir interrogatifs sur l’avenir de l’Eglise.
Mais là aussi, ne soyons pas de ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Entendons la parole de Jésus au début de sa mission : « Avance au large ». D’une Eglise européenne, nous sommes passés depuis environ un siècle et demi à une Eglise mondialisée, et jamais le nombre de chrétiens n’a été aussi important.
Pour ce qui nous concerne, dans cette Eglise que nous avons à vivre chez nous, autour de chez nous, il nous revient toujours de nous redire : « Seigneur, sur ta parole … » nous allons continuer de jeter les filets. Nous avons peut-être trop compté sur nos propres efforts, nos techniques, notre intelligence. Soyons-en tous convaincus : Jésus et son Evangile sont la seule planche de salut pour l’humanité. Aussi redisons au plus profond de notre cœur : « Seigneur Jésus, nous te supplions, reste à bord de notre barque et “sur ta parole“, nous jetterons encore les filets ».


Amen
Père Bernard Heudré


11.01.2019
Titre : Epiphanie du Seigneur 6 janvier 2019
Auteur : Père Bernard Heudré


Epiphanie du Seigneur 6 janvier 2019

Dans notre monde, on bouge beaucoup et surtout on va très vite, de plus en plus vite. D’un coup d’avion, on peut passer d’un continent à l’autre. Internet nous met en relation avec le monde entier, faisant de notre planète comme un village. Les mouvements de population nous amènent chaque jour à rencontrer des personnes venues d’ailleurs, parfois de très loin.
Ce grand brassage en réjouit beaucoup alors que d’autres prennent peur et se rétractent. C’est bien ce que nous venons d’entendre dans les lectures de la Parole de Dieu de cette fête de l’Epiphanie.
Le prophète Isaïe chante la jubilation de Jérusalem qui voit arriver à elle les nations se laissant guider par sa lumière. Quel contraste entre cette lumière de Jérusalem et les ténèbres qui couvrent la terre ! Mais vous le savez, dans l’obscurité de la nuit, il suffit d’une lumière pour orienter ses pas. « Tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera ».
Saint Paul confirme cette jubilation lorsqu’il écrit : « Toutes les nations sont associées au même héritage … ». Cet héritage n’est pas écrit dans un testament comme on peut le faire pour léguer ses biens, il se donne par « l’annonce de l’Evangile ». Un Evangile qui, de Jérusalem, a bondi de frontières en frontières. Depuis un siècle, l’Eglise a vécu une véritable révolution ; elle s’est mondialisée. Comment ne pas, nous aussi, jubiler de joie devant la beauté de l’Evangile vécu à travers le monde ?
Pour moi, c’est un bonheur profond de vivre mon ministère de prêtre avec trois frères venus, l’un du Togo, l’autre du Congo Brazzaville, le troisième récemment arrivé parmi nous de Madagascar. Comme le soulignait le pape François dans son homélie de Noël, « nos différences sont une richesse ».
Il le disait après avoir affirmé qu’elles ne sont pas « un préjudice ou un danger ». Ce que n’avait pas compris Hérode et son entourage lorsqu’ils reçoivent les mages « venus d’Orient », donc venus d’ailleurs, surtout à l’annonce du but de leur visite : adorer « le roi des juifs qui vient de naître ». Un pouvoir qui se sent menacé risque des réactions violentes de refus, ce qui se produit avec le massacre des enfants innocents.
Ce qui a mis en route ces mages, c’est une étoile, donc une lumière, mais pas suffisante pour les conduire au berceau du roi nouveau-né. Ils se sont donc déplacés pour obtenir des informations plus précises et vivent ainsi l’une des plus belles manifestations de ce à quoi l’homme est appelé, la culture de la rencontre. Georges Bernanos, avec sa liberté de ton, a écrit : « Le Verbe s’est fait chair et les journalistes de ce temps-là n’en ont rien su ».
Attention, que ce ne soit pas une occasion de discréditer la belle mission des journalistes lorsqu’ils la vivent en allant au cœur de l’événement, au cœur du mystère de l’homme. Leur métier bien assumé est une chance merveilleuse qui nous est offerte pour élargir notre horizon et vivre la fraternité, fraternité entre les personnes et les cultures.
Pourtant ce beau mot de fraternité a ses limites. Toujours dans son homélie de Noël, le pape François prévenait ceux qui imagineraient une fraternité coupée de toute transcendance. « Sans la fraternité que Jésus-Christ nous a offerte, nos efforts pour un monde plus juste s’essoufflent, et même les meilleurs projets risquent de devenir des structures sans âme ».
A nous de le découvrir, comme les mages ont su le faire, mais ont-ils tout compris ? Pas si sûr, ainsi que nous le révèle un texte magnifique d’un écrivain danois du début du XXe siècle, Joannes Joergensen, un fervent de François d’Assise.
Rapportant une vieille légende, il raconte que lorsque les mages déposèrent leurs trésors, l’enfant ne voulut pas sourire. Marie fut très honorée par l’encens qu’elle avait vu brûler dans le temple de Jérusalem, et, les yeux pleins de larmes, elle cacha la myrrhe qui lui faisait entrevoir la mort et l’ensevelissement de son fils.
L’enfant ne tendit pas ses mains vers l’or éclatant, la fumée le fit tousser ; il se détourna de la myrrhe et embrassa les larmes dans les yeux de sa mère.
Sur la route du retour, les trois saints rois regrettèrent de n’avoir pas été appréciés selon leur mérite. Mais voilà qu’une fois leur dos tourné, parut un quatrième roi. Il apportait de Perse trois perles précieuses. Mais il arrivait trop tard et surtout les mains vides, il n’avait plus de perles.
Entré dans l’étable à la nuit tombante, le roi de Perse se jeta aux pieds de l’Enfant et de sa mère. Avec hésitation, il finit par dire : « Seigneur, j’avais une offrande pour toi, trois perles précieuses, grosses comme un œuf de pigeon. Je ne les ai plus. Je suis venu à part des trois autres rois. Je suis resté en arrière, dans une hôtellerie sur le bord du chemin. Là j’ai aperçu un vieillard tremblant de fièvre. Sa bourse était vide ; il n’avait pas d’argent pour payer le médecin. Seigneur, pardonne-moi, j’ai pris une perle et je l’ai donnée à l’aubergiste pour le faire soigner.
Le lendemain, essayant de rejoindre les trois autres, j’ai entendu des cris venant d’un fourré. Sautant de ma monture, j’ai trouvé des soldats qui s’étaient emparés d’une jeune femme et s’apprêtaient à lui faire violence. Je ne pouvais me battre avec eux. Oh ! Seigneur, pardonne-moi encore une fois, j’ai pris ma seconde perle et acheté sa délivrance. Il ne me restait plus qu’une seule perle, mais je voulais te l’apporter, Seigneur.
Il était plus de midi. Avant le soir, je pouvais être à Bethléem à tes pieds. C’est alors que j’ai vu une petite ville à laquelle les soldats d’Hérode avaient mis le feu. Je m’approchais et trouvais les soldats tuant les garçons de deux ans et au-dessous. Près d’une maison en feu, je vis un grand soldat qui balançait un petit enfant nu qu’il tenait par une jambe, s’apprêtant à le faire tomber dans le feu. La mère poussa un cri perçant. Seigneur, pardonne-moi ! Je pris ma dernière perle et la donnai au soldat pour qu’il rendît l’enfant à sa mère. Seigneur, c’est pourquoi me voilà les mains vides. Pardonne-moi, pardonne-moi.
Le silence régna dans l’étable quand le roi eut achevé sa confession. Pendant un instant, il resta le front appuyé contre le sol. Enfin il osa lever les yeux. Marie regardait son fils qui était contre son sein. Dormait-il ? Non. L’Enfant-Jésus ne dormait pas. Lentement, il se tourna vers le roi de Perse. Son visage rayonnait ; il étendit ses deux petites mains vers les mains vides. Et l’Enfant-Jésus sourit.
Que souvent au long de l’année qui commence, nous connaissions la grâce de recevoir le sourire de Jésus, en nous rappelant que si le Christ est venu pour tous les hommes, nous devons à notre tour cultiver ce souci de tous les hommes.
Jésus n’a pas besoin d’or, ni d’encens, ni de myrrhe. Il attend que nous sachions le découvrir en chacun de nos frères, avec une attention particulière pour celles et ceux qui attendent un secours, une présence prévenante et engagée. Ce que nous apprend l’Enfant de la crèche, c’est simplement la force de l’amour dans toute sa simplicité.
Amen
Père Bernard Heudré


10.01.2019
Titre : 29 juillet 2018 - 17ème dimanche du TO
Auteur : Père Bernard Heudré


17ème dimanche du temps ordinaire
29 juillet 2018

D’un côté, un homme seul qui décide de se mettre à distance. De l’autre, « une grande foule » qui cherche à le rattraper car elle espère bénéficier de son action près des malades.
Vous le savez, dans une foule on est facilement perdu et les visages se confondent dans une sorte de vaste anonymat. Bien sûr, Jésus est Jésus. Il y a déjà longtemps qu’il s’est démarqué, qu’il a été repéré, devenu ainsi un personnage public. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs qu’il « gravit la montagne », dans une escalade qu’il ne fait pourtant pas seul, comme par exemple l’avait fait Moïse au Sinaï. Il est entouré de ses disciples au milieu desquels il prend le temps de s’asseoir.
Dans la Bible, sur la montagne, il se passe toujours quelque chose de très important, car c’est là que Dieu se donne à rencontrer, c’est là que Dieu se révèle. Jésus se met ainsi face à son Père, à ce Père pour qui il va rendre grâce avant de distribuer les pains.
Donc tout peut sembler bien en place : le Père, le Fils, les compagnons de mission et la foule. Eh bien ! non, il manque quelqu’un. A ce quelqu’un, y avez-vous pensé ? Si le temps de l’homélie se prêtait au temps du sondage, j’aurais été vraiment curieux de savoir quel nom vous auriez mis sur ce personnage important sans lequel il n’y aurait eu ni multiplication, ni fraction. Il arrive au milieu du récit, en plein cœur du récit, repéré par l’un des disciples, André : « Il y a là un jeune garçon … ». Un peu vague cette traduction. A partir de quel âge peut-on parler d’un garçon ? Pour tenter d’y voir un peu plus clair, je suis allé voir le dictionnaire qui situe cet âge à l’adolescence.
Mais pas complètement satisfait, je suis aller ouvrir le texte grec dans lequel Jean a écrit son Evangile. Le mot utilisé pour désigner ce personnage pivot de la scène de la multiplication des pains dit « un jeune enfant ». Et là on retrouve bien Jésus et sa prédilection accordée aux enfants. Rappelez-vous : il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains. Mais il va encore bien plus loin lorsqu’il place l’enfant au centre du groupe des adultes en leur disant que celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas.
Au fond, qu’est-ce que Jésus veut nous faire comprendre ? Comme l’enfant se reçoit naturellement de ses parents, nous avons toujours à apprendre à nous recevoir de Dieu, à l’exemple de Jésus se recevant de son Père et, comme nous le rappelle les derniers mots de l’Evangile, se retire dans la solitude de la montagne pour vivre avec lui le face à face qui le constitue.
Avec les cinq pains et les deux poissons de l’enfant, Jésus peut les multiplier pour les donner en nourriture à la foule. Vous savez, moi ce qui m’attache au Christ, c’est qu’il n’entend pas jouer dans la cour des grands comme nous en voyons tant aujourd’hui qui n’arrêtent pas de se pousser, de jouer des coudes pour occuper les premières places, sans grand scrupule pour y parvenir, n’hésitant pas à écraser les autres. Jésus fait confiance à un enfant pour nourrir la foule.
Mais n’allons pas pour cela faire de la multiplication des pains un geste humanitaire. Elle est tout autre chose. Elle est infiniment plus. Elle est un signe qui vient nous tourner vers Celui de qui, comme le dit une belle préface de la messe, « nous tenons la vie, la croissance et l’être ». Tant que nous n’aurons pas compris que Dieu est le centre et que nous n’avons jamais à nous éloigner de ce centre, jamais nous ne pourrons réaliser notre vie à sa vraie mesure.
C’est une dramatique illusion dans laquelle plonge aujourd’hui notre société occidentale. En voulant se libérer de Dieu, elle cherche ce qu’elle pense être la liberté, alors que tant aliénations rendent de plus en plus prisonniers trop d’hommes de notre temps. C’est vrai qu’une certaine conception de la religion a pu en faire un carcan de prescriptions, en oubliant que Dieu ne veut qu’une chose pour l’homme, la joie, cette vraie joie dont le pape François a fait le thème de l’une de ses plus belles Exhortations apostoliques. Les premiers mots en donnent tout le sens : « La joie de l’Evangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours ».
Jésus nous donne l’exemple par sa propre joie. « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,12). La joie, Jésus la trouve dans le don de lui-même. Nous ne pouvons donc partager sa joie que dans le don, le partage, l’attention à nos frères.
C’est le très beau message du passage du deuxième livre des Rois entendu en première lecture. Dans la religion de Baal à laquelle se confronte le prophète Elisée, les adeptes pensent qu’il faut offrir les premiers produits de la récolte nouvelle pour que le dieu continue à féconder la terre. C’est une religion du donnant-donnant.
Le Dieu que nous révèle la Bible est le Dieu de la gratuité, Celui qui offre aux hommes une alliance qui les libère de leurs peurs. A l’inconnu qui vient à lui pour offrir vingt pains d’orge et du grain frais, Elisée refuse. A deux reprises il lui dit : « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent »
Et comme cela se produira plus tard lors de la multiplication des pains, le pain une fois partagé laisse des restes. Dieu ne mesure pas, ne passe pas son temps à tenir des comptes comme nous sommes si souvent tentés de le faire. Avec lui, l’abondance règne. Lorsque le célébrant invite l’assemblée à s’approcher pour partager le pain rompu, il dit : « Heureux les invités … ». Oui, tous les hommes sont invités et pour la plus belle fête qui soit, celle qui met l’enfant au centre, c’est-à-dire celui qui espère avec confiance et sait qu’avec les autres il pourra grandir et parvenir à la pleine mesure de son être.

Amen
Père Bernard Heudré


10.01.2019
Titre : 22ème dimanche - 2 septembre 2018
Auteur : Père Bernard Heudré


22ème dimanche du temps ordinaire
2 septembre 2018

Ce qui me réjouit dans l’Evangile que nous venons d’entendre, c’est que Dieu ne veut pas nous empoisonner la vie, comme le voudraient les pharisiens et les quelques scribes qui viennent s’adresser à Jésus. En réalité, ils n’attendent rien de lui, leur opinion est déjà faite. Eux, ce qui les préoccupe, c’est que tout soit bien en règle, chaque chose à sa place et surtout pas de questions sur les sentiments qui en seraient la source.
Jésus vient bousculer cela. Comme souvent, il est le grand dérangeur, pas pour le plaisir de le faire, bien sûr. Il a pour cela trop de respect pour les personnes. Non, ce que Jésus souhaite, c’est lever toutes les fanfreluches qui viennent masquer la vie, et donner un grand courant d’air dans une maison aux portes closes.
Regardons les partenaires de cette rencontre. Les pharisiens qui ont fortement amidonné leur tenue et leurs principes et quelques scribes, juste là pour justifier par la Loi leurs choix et leurs attitudes. Bien raide tout cela !
De l’autre côté, Jésus et ses disciples qui viennent de vivre le miracle de la multiplication de la nourriture : pains, et poissons, ne l’oublions pas. Je me demande pourquoi on ne parle que de la multiplication des pains et pas celle des poissons. Peut-être parce que le poisson ça sent fort et on s’en met plein les mains si on veut les préparer. N’oublions pourtant pas que le pain vient de la terre – fruit de la terre et du travail des hommes – comme nous disons à la messe et que les mains et les pains étaient forcément mariés dans le même geste, la même journée, la même vie
Jésus ne pouvait que s’agacer de ces gens qui mettaient interminablement le couvert, faisaient méthodiquement la vaisselle, tournaient autour du pot, vérifiaient la date de péremption, aseptisaient, stérilisaient, pasteurisaient, et ils ne mangeaient pas.
Jésus, lui, prend le monde à pleines mains à la différence de ses interlocuteurs qui ont les mains propres, certes, mais dont il ne sort rien d’utile, ni d’étonnant, ni de neuf, ni de tendre. Pour reprendre le mot terrible de Charles Péguy, « ils ont les mains pures, mais ils n’ont pas de mains ».
On pourrait d’ailleurs prolonger. Ils ont les pieds propres, mais ils ne marchent pas. Ils font les cent pas en discours préliminaires mais sans jamais en venir à la Parole.
En face de cette manie qui frise la magie, le Charpentier de Nazareth, le Crucifié du Golgotha fait l’apologie du cœur pur et des mains sales. Face aux reproches que scribes et pharisiens lui font, Jésus n’entend pas entrer dans la polémique.
En passant tout simplement du travail à la table, Jésus et les siens n’entendent pas s’insurger contre la Loi, mais contre le légalisme et contre cette calcification maladive de l’homme religieux qu’est l’idolâtrie du rite pour lui-même. Car les religions aussi finissent par laisser des coquilles et des fossiles qui trop souvent ne sont que l’expression désespérée d’une affirmation identitaire.
Il est vrai que la position des chrétiens n’est pas forcément confortable dans un monde qui perd ses repères, va dans tous les sens ou, au contraire, se recroqueville derrière ses frontières.
Mais surtout, ne nous crispons pas, avançons avec confiance sur la route de Celui qui nous a dit qu’à la fin il n’y aura que cela de vrai : « J’avais faim, j’avais soif, j’étais étranger, j’étais nu, j’étais malade … ». Jésus ne reconnaîtra pour siens que ceux qui auront pris à bras le corps la condition humaine. Lorsqu’il met ses disciples à table, Jésus leur apprend à ne faire ni manières, ni exceptions.
Certes, il sait ce qu’il y a dans l’homme. Il est sans illusion car lui-même a plongé au cœur de la condition humaine mais sans s’y noyer. Avez-vous noté le nombre de pensées perverses qui sortent du cœur de l’homme et qu’il prend soin d’énumérer. Douze ! Ce n’est sûrement un hasard. C’est le chiffre de la totalité, celle du salut avec les douze tribus d’Israël et les douze apôtres, mais aussi celle de la fragilité de l’homme, comme Jésus veut nous le rappeler dans cet Evangile.
Mais si Jésus fait comme une dissection du cœur de l’homme, ce n’est pas pour l’enfoncer, mais pour l’opérer et tout assainir en lui. Ce n’est pas un hasard si lors de sa pleine entrée dans le monde par son ministère public, il est descendu dans l’eau du Jourdain et ainsi s’est fait point d’Eau comme il est point du Jour.
C’est ainsi qu’il devient pour nous l’essentiel. Lui seul peut tout assainir. Il sait que nous avons besoin de nos relations humaines pour nourrir notre affectivité. Il sait que les activités que nous sommes amenés à poser chaque jour relèvent de la responsabilité que Dieu nous a confiée dans l’œuvre de la création. Il nous tend les mains sans faire une inspection de propreté des nôtres. Il les veut simplement ouvertes, empoignant celles de nos frères, et ainsi tracer sur le monde une ronde dans laquelle il entre pleinement.
Surtout, ne restons pas sur la touche pour de faux prétextes de pureté. Retenons cette parole que le Frère Roger, à Taizé, ne cessait de répéter : le peu que tu as compris de l’Evangile, mets-le en pratique.

Amen
Père Bernard Heudré


23.06.2018
Titre : Nativité de saint Jean Baptiste
Auteur : Père Bernard Heudré


24 juin 2018

Si le mot n’avait pas pris une coloration particulière en raison des fêtes traditionnelles qui entourent Noël, nous pourrions dire qu’en cette fête de saint Jean Baptiste nous célébrons le Noël d’été, Noël voulant simplement dire « jour de naissance ». Six mois séparent la Nativité de Jésus de celle de Jean Baptiste. L’intervalle avait été révélé à Marie par l’ange Gabriel lors de l’Annonciation : « Voici que, dans sa vieillesse, Elisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois » (Lc 1, 36).
Comme vous le remarquez, l’évangile n’indique que l’intervalle de six mois, mais pas les dates. Celles-ci ont été choisies par les premières générations chrétiennes pour révéler le Christ comme lumière du monde. En effet, si sa naissance a été placée à proximité du solstice d’hiver qui a lieu le 21 décembre, au moment où les jours recommencent à croître, c’est pour célébrer la Lumière qui vient dissiper les ténèbres et le Jour qui l’emporte sur la nuit.
A l’opposé, aujourd’hui, donc six mois plus tard, au moment du solstice d’été, où les jours commencent à diminuer, nous célébrons la Nativité de saint Jean Baptiste, parce qu’il proclamait, parlant du Christ : « Lui il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue » (Jn 3, 20), comme les jours qui commencent à diminuer.
Les évangiles et, à leur suite la liturgie, présentent la vie de Jésus et celle de Jean Baptiste en parallèle, à commencer par l’annonce de leur naissance et la révélation de leurs noms, communiqués par l’ange à Zacharie puis à Marie, deux noms qui définissent les missions reçues de Dieu comme des dons pour le peuple : Jean signifie « Dieu a fait grâce » et Jésus, « Dieu sauve ». Le parallélisme, pour aller jusqu’au bout, s’étend aux deux nativités de Jean et de Jésus, puis à leurs ministères et jusqu’à leurs martyres.
Rappelons d’abord que Jean est le fils d’une femme âgée et stérile, Jésus le fils d’une Vierge. On ne peut mieux exprimer combien ces naissances sont sur-naturelles, purs dons de Dieu, intervention directe de Dieu dans l’Histoire.
Il n’est pas sans intérêt de souligner ces deux conceptions d’enfant, surtout aujourd’hui, à une époque où les hommes sont en train de jouer aux apprentis sorciers en manipulant l’origine de la vie. Une naissance n’est pas un artifice ou un accident de l’histoire. Une naissance n’est pas un calcul destiné à satisfaire un besoin d’adultes, sans penser aux conséquences inévitables que cela peut avoir sur le développement de l’enfant. Lorsque s’annonce la naissance d’un enfant, c’est une histoire qui prend forme pour s’inscrire dans l’histoire de l’humanité. Dès lors, comment considérer un avortement comme un acte banal !
Second aspect du parallèle entre Jean Baptiste et Jésus, c’est la mission qu’ils vont remplir. Tous les deux viennent inaugurer un monde nouveau, une ère nouvelle, celle que nous sommes en train d’accomplir dans la vie de l’Eglise.
Elisabeth, au jour de la circoncision de son enfant, marque délibérément une rupture. La coutume veut, en effet, que l’enfant reçoive le nom de son père. Elle refuse ce prénom et déclare péremptoirement : « Il s’appellera Jean ». Elle affirme ainsi que le projet de Dieu devance tout projet humain. Dieu n’est pas dans la répétition, il ne s’enferme pas dans la coutume, dans l’habitude. Dieu ne cesse de faire naître un monde nouveau avec cette affirmation : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ».
Comme nous l’a rappelé saint Paul en seconde lecture, le qualificatif de Précurseur donné à Jean signifie clairement qu’il vient indiquer la naissance d’un monde nouveau qui trouve sa plénitude en Jésus. Mais Jésus sait reconnaître ce qu’il doit à Jean. Il va même jusqu’à déclarer : « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne n’est plus grand que Jean », mais il ajoute aussitôt, et cela nous concerne, « cependant le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui » (Lc 7, 28).
Jean récapitule tout l’enseignement des prophètes, enseignement que Jésus reprend presque mot par mot au début de sa prédication. Certes Jean est inscrit dans l’Ancien Testament mais il nous permet d’enjamber vers le Nouveau Testament. C’est ce qu’illustre magnifiquement ce qui est pour moi la plus belle représentation du Baptiste, celle d’Auguste Rodin avec la statue qu’il a réalisée et qui est conservée au musée qui porte son nom à Paris. Jean marque le franchissement d’un pas fermement représenté, avec un pied dans l’Ancienne Alliance, l’autre dans la Nouvelle. De la main droite retournée en arrière, il désigne d’un doigt celui qui vient derrière lui.
Ainsi sont marquées les missions de Jean Baptiste et de Jésus, missions, et c’est le troisième parallèle, qui sont couronnées par le martyre, le don absolu de leur vie. Jean Baptiste, comme Jésus, est fêté dans sa naissance le 24 juin, et dans sa mort le 29 août. Oui, avec lui, le monde nouveau que Jésus met au monde est inauguré.
Tous les deux seront au service de la Parole, tous les deux révèlent le projet de Dieu pour l’humanité, un projet dont nous sommes, nous aussi, invités à être les acteurs, ce qui nous vaut cette parole de Jésus : « le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui. » Le pape François dans une homélie faite pour la fête de saint Jean Baptiste déclare : « Le modèle que nous offre aujourd’hui Jean » est celui « d’une Eglise toujours au service de la Parole, une Eglise qui ne prend jamais rien pour elle-même », d’une « Eglise qui existe pour proclamer, pour être la voix d’une Parole… »
Comment cette figure de Jean vient-elle aujourd’hui nourrir ma foi, m’aider à vivre en disciple missionnaire du Christ ? A chacun de nous d’être cette Parole et d’en trouver le ton.
Amen
Père Bernard Heudré


18.06.2018
Titre : Homélie du dimanche 17 juin 2018
Auteur : Diacre Francklin Gracia, spsj


Ce qui, à nos yeux peux paraître insignifiant, peut être pour Dieu un moyen de révéler son œuvre. Aujourd’hui, il est question d’arbre. Nous connaissons l’importance des arbres. Ils donnent de la fraîcheur surtout quand il fait très chaud (j’en fais l’expérience moi-même puisque je suis né dans un pays où il fait chaud), ils protègent les sources, ils protègent le sol contre l’érosion, ils servent d’abris pour les oiseaux. Dans la première lecture, c’est le Seigneur Dieu lui-même qui prend une tige et la plante sur une montagne très élevée. Nous savons que la montagne dans la Bible c’est le lieu de la rencontre avec Dieu. C’est le lieu où il parle avec son peuple. C’est dans ce lieu de la rencontre qu’il plante cette tige pour qu’elle devienne cet arbre géant qui donne de l’ombre et qui abrite les oiseaux du ciel.
Dans l’Évangile, Jésus nous donne deux paraboles, la première est celle de la semence jetée en terre qui germe lentement, qui croît et qui porte des fruits. La deuxième parabole est celle de la graine de moutarde qui grandit et qui devient un grand arbre. Certains peuvent penser à la moutarde de Dijon qui est très bonne me semble-t-il et que certains aiment. Mais ce que Jésus veut nous faire est beaucoup plus profond que ça. Ces deux paraboles, il les donne pour expliquer ce que c’est le royaume de Dieu. Il veut nous faire comprendre que que le Royaume n’est ni une organisation politique ni un territoire géographique à l’instar des royaumes terrestres mais c’est un chemin en sachant que Jésus est lui-même ce chemin. Il est la présence du royaume et en même temps, il nous y conduit.
Le Seigneur nous invite à grandir mais aussi à laisser grandir en nous le royaume de Dieu à la manière d’une semence qui croît et qui devient un grand arbre au point que les oiseaux du ciel puissent y trouver une demeure. Pour cela, il faut de la patience. Regarder le grain qui est jeté en terre aujourd’hui ne va pas devenir un grand arbre dans un jour. Cela a besoin des mois, des années. Mais pour atteindre la maturité, il faut bien qu’on prenne soin de lui.
Nous, comme chrétiens membres du corps du Christ, le Seigneur a déposé en nous la semence d’amour. Il est lui-même cet arbre de vie sur qui nous pouvons nous appuyer. Comme des oiseaux, nous pouvons faire notre nid sur ses branches pour que nous puissions nous reposer dans son cœur aimant et accueillant. De même que nous faisons l’expérience du Christ, de même que nous avons la mission de conduire nos frères et sœurs à le rencontrer. Pour cela, il est important que nous sachions reconnaitre l’œuvre de l’Esprit Saint en nous, Lui qui est à l‘œuvre dans l’église mais aussi dans le monde car si des personnes rencontrent le Christ c’est parce que son Esprit agit dans les cœurs. Beaucoup sont ceux qui sont bouleversés par leur rencontre avec le Christ. Laissons-nous rencontrer par le Christ pour qu’il fasse grandir en nous cette semence du royaume. Le royaume de Dieu est un royaume de paix, de justice et d’amour. Nous sommes invités à construire par notre vie, quelque chose que quelqu’un attend. Il y a toujours quelqu’un qui nous attend même si nous ne sommes pas forcément conscients.
Chers jeunes, vous qui allez faire votre profession de foi, vous avez vécu, il y a deux semaines à Saint-Malo le weekend TIM. Vous avez sûrement fait l’expérience qu’il y a des jeunes comme vous qui sont heureux en suivant Jésus, des jeunes comme vous qui étaient capable de dire « je crois ».  Aujourd’hui, vous voici présents avec toute la communauté chrétienne de cette paroisse cathédrale, pour professer votre foi. Je veux vous dire que la foi est un don, un don que Dieu nous fait. Dire je crois c’est réveiller la foi de votre baptême. C’est aussi reconnaître la présence de la semence de la vie de Dieu en nous. La foi ne se mesure pas. Elle un don de Dieu mais un don qui est appelé à grandir. Si elle ne grandit pas, elle se dessèche. Je vous invite à considérer votre cœur comme un jardin, la plante c’est la foi et l’eau avec laquelle il faut l’arroser c’est la prière. Si notre foi n’est pas nourrie par la parole de Dieu, par la prière, elle se dessèche. La foi – en effet, ne naît pas de l’imagination de l’esprit humain mais, comme le rappelle saint Paul, « elle naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ ». En effet, la foi grandit quand elle est vécue comme expérience d’un amour reçu et quand elle est communiquée comme expérience de grâce et de joie. Elle rend fécond, parce qu’elle élargit le cœur dans l’espérance et permet d’offrir un témoignage capable d’engendrer : en effet elle ouvre le cœur et l’esprit de tous ceux qui écoutent à accueillir l’invitation du Seigneur à adhérer à sa Parole pour devenir ses disciples [Benoit XVI, la porte de la foi § 7]. Notre foi chrétienne grandit si nous la nourrissons par la prière. Mais ce n’est pas tout puisque nous ne pouvons grandir tout seul mais avec les autres. Cela nous permet de comprendre le vrai sens de la communauté de frères et sœurs que nous formons dans le Christ. Le pape François dit ceci « un chrétien isolé, c’est un chrétien en danger ».  Vous comprenez bien mes chers amis que la porte de l’Église vous est et vous sera toujours ouverte et que votre place vous attendra toujours car chacun de vous est un maillon dans la grande chaîne qui est la communauté chrétienne. Alors pensez-y !
Nous tous qui sommes présents ce matin, sachons que Dieu est toujours en train d’attendre notre réponse. Ainsi, nous pouvons cheminer vers lui en gardant toujours confiance comme nous le rappelle la deuxième lecture. Nous ne voyons pas le Seigneur de manière physique mais il est bien présent particulièrement dans le pain et le vin consacré. Parfois nous pouvons dire que nous n’y arrivons pas parce que nous sommes trop faibles. Mais Dieu dit à chacun « ma puissance se déploie dans ta faiblesse ».
Je vous invite frères et sœurs à regarder quelle semence que le Seigneur dépose en nous et que nous avons à prendre soin. Laissons-nous émerveiller devant l’œuvre de Dieu dans nos vies. Dieu dépose en nous une semence mais en même temps chacun de nous est une semence, une petite graine que Dieu dépose dans les différents endroits où nous sommes. C’est là que nous avons à porter du fruit. Soyons tous des arbres qui portent du fruit, qui donnent de l’ombre et qui servent d’abri pour les autres. Marthe Robin faisait cette prière « Seigneur, ne laisse aucun de ceux qui viennent à moi repartir sans être consolé ». Que cette prière soit la nôtre aujourd’hui afin qu’en notre cœur s’établisse le royaume de Dieu comme une semence dans une terre fertile.

Diacre Francklin Gracia, spsj


09.06.2018
Titre : Homélie du dimanche 10 juin 2018
Auteur : Père Bernard Heudré


10ème dimanche du temps ordinaire

Chacune de nos vies est marquée par des évènements qui restent pour nous une étape marquante et sur laquelle on aime revenir. C’est d’autant plus vrai si l’évènement est intervenu dans le cadre d’une décision personnelle ou prise pour nous dans un geste d’amour.
Ce dimanche notre communauté est en joie car c’est un tel événement que nous célébrons pour les quatre enfants qui reçoivent le baptême et pour les 23 qui font leur première communion.

Ce qui est merveilleux dans l’Église, c’est qu’il n’y a pas de super-chrétiens, à la différence de la société qui n’arrête pas d’établir des hiérarchies. Mais posons-nous une question : est-ce-que nous prenons suffisamment au sérieux la foi d’un enfant ? Je n’ai pas oublié cette belle affirmation du grand spirituel du XXème siècle qui était l’abbé Maurice Zundel : la foi d’en enfant est aussi importante que celle du pape. Et quand on connaît le pape François, on peut être sûr qu’il est profondément en accord avec cette affirmation.

S’il y a une expression difficile à supporter, c’est celle qui consiste à dire « avoir la foi ». La foi n’est pas quelque chose que l’on possède et on ne la perd pas comme on perd un objet. Non, la foi, c’est une semence de vie qui demande du soin, de l’attention et qui ne demande qu’à grandir. Plus que jamais, nous mesurons mieux aujourd’hui que dans la vie rien n’est jamais gagné. Il faut toujours remettre sur le chantier, accepter de se remettre en cause, vouloir inventer de nouveaux chemins pour se construire.
Quand je baptise un enfant, je ne peux manquer de me dire : qui sera-t-il dans dix ans, vingt ans, soixante ans et plus ? Que c’est beau l’histoire d’une vie qui se développe, s’épanouit, prend toute sa place dans la construction de l’histoire de l’humanité !

Faire confiance à la vie, c’est toujours le choix de Dieu. Sur chacun de nous il pose un regard de tendresse, comme peuvent le faire un père ou une mère sur leur enfant.
Voyez ce qui se passe avec Adam, comme vient de nous le rappeler la lecture du livre de la Genèse. Adam s’est laissé tromper par le serpent, image du mal qui rampe au cœur de tout homme, au cœur de notre humanité. Il a compris qu’il n’a pas répondu à la confiance que Dieu lui a faite. Il se cache. Mais Dieu ouvre aussitôt le dialogue avec cette question : « Où es-tu donc ? » Dieu ne peut se résoudre à perdre de vue qui que ce soit.
Dieu ne condamne pas. Il nous protège et nous met en face de nos responsabilités.
Si nous reconnaissons qu’il y a une grande part de mystère dans tout ce que nous vivons, si nous acceptons de ne pas tout comprendre, d’être dépassés face aux réalités de certaines situations, si nous admettons que les grandes questions peuvent rester sans réponse définitive, alors animés par la lumière de la foi, nous pouvons changer notre regard, nos paroles. Sans chercher à justifier l’échec, la différence, la souffrance, nous pouvons les porter avec d’autres. Ce changement d’attitude nous permet de découvrir que Dieu est avec nous dans ce combat.

Mais n’oublions pas les conseils que Jésus nous a donnés dans l’Évangile entendu à l’instant.
D’abord par la parabole de la maison en situation de conflit. Ce genre d’incident est bien connu. Il se produit dans les partis politiques, dans les associations, dans les familles et même dans l’Église. Le serpent perfide et perturbateur sera écrasé par un sauveur qui libèrera l’humanité. Nous reconnaissons Jésus comme ce sauveur. Il s’annonce lui-même comme cet homme fort qui protège la maison.

Le deuxième message de Jésus est une sévère mise en garde contre ce qu’il appelle le blasphème contre l’Esprit. Je ne donnerai qu’un exemple : tromper un enfant, ne pas mettre notre vie en accord avec les conseils qu’on lui donne, ne pas prendre au sérieux ses engagements en ne lui permettant pas de les assumer. Accueillir la joie d’un enfant qui demande le baptême ou qui fait sa première communion suppose de notre part, à nous adultes, parents ou communauté paroissiale, de continuer à l’accompagner. Ce serait un terrible mensonge si la Première Communion devait devenir la dernière.

Le troisième message de Jésus, c’est la nouvelle famille qu’il cherche à réunir. Il sait que la partie est loin d’être gagnée. Même ses proches, ainsi que vient de nous le rappeler l’évangile, ne le comprennent pas au point qu’ils cherchent à le récupérer et le ramener à la maison car ils pensent qu’il a perdu la tête.
A tous, y compris Marie, il a fallu du temps pour découvrir qui il était vraiment. Alors Jésus regarde ceux qui sont assis autour de lui, alors que sa famille est restée en dehors de la maison, et il a cette magnifique affirmation qui devrait nous réjouir tous car il nous appelle à cette relation : « Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère ».
C’est ce Dieu, qui n’enferme pas mais qui ouvre ses bras le plus largement qui soit, que nous sommes invités à accueillir. Passer à côté, c’est passer à côté de la vraie vie. Comme l’a rappelé l’un des plus grands philosophes d’aujourd’hui, Marcel Gauchet : « Plus les dieux sont grands, plus les hommes sont libres ». Saurons-nous être à la hauteur de cette liberté ?
Amen

Père Bernard Heudré