Homélies

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17.01.2017
Titre : Deuxième dimanche du temps ordinaire
Auteur : Père Bernard Heudré


En vérité, qui peut prétendre connaître quelqu’un dans toute la profondeur de sa personnalité ? L’idéal, dans toute relation humaine, serait toujours de passer de  l’habitude à la surprise, de la tentation de cataloguer à la joie de l’émerveillement. Jamais nous ne pouvons cerner complètement quelqu’un, même à l’intérieur du couple. Il y a toujours, et c’est heureux, et c’est indispensable, le jardin secret qu’à aucun prix il ne faut forcer.
Oui, il faut prendre le temps de voir venir, aussi bien les événements que les personnes. Nous sommes tous guettés par la tentation d’aller trop vite, alors qu’il faut du temps, tout le temps d’une vie, pour savoir qui l’on est et qui sont les personnes qui nous entourent.
C’est la belle expérience que l’évangile de ce dimanche nous invite à faire. Au premier abord, on pourrait être surpris par cette rencontre de Jean-Baptiste et de Jésus sur les bords du Jourdain. Quand on sait la force des relations familiales dans le monde juif, Jean-Baptiste avait dû passer une grande partie de son enfance avec Jésus. Alors, pourquoi, à deux reprises, déclare-t-il : « Je ne le connaissais pas »
Quand on sait la rigueur avec laquelle Jean entre en relation avec les foules qui viennent se faire baptiser par lui, ce n’est certainement pas un jeu de sa part. A la fin de l’évangile que nous venons d’entendre, il affirme : « Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu »
Mais cette profession de foi n’arrête pas les questions de Jean-Baptiste. Il n’a pas terminé sa quête, il ne prétend pas avoir réglé la question de savoir qui est Jésus.
Allons plus en avant dans la vie de Jean et jusqu’à un épisode rapporté par Matthieu. Jean est en prison. Bien sûr, il entend parler de la mission de Jésus et il ne comprend pas tout. Aussi envoie-t-il ses disciples demander à Jésus : «  Es-tu “Celui qui doit venir“ ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt. 11,3).
Je dois vous dire que la démarche de foi de Jean-Baptiste me touche profondément. Il accepte de ne pas en avoir fini avec Jésus. Jamais il n’aura fini de le nommer et pourtant nous savons tous l’importance du nom pour entrer en relation avec quelqu’un, et, s’il y a un nom qui pour nous compte plus que tous les autres c’est notre nom de baptême.
C’est vrai que, souvent, lorsque des parents viennent nous demander le baptême pour leur enfant, nous sommes plus que surpris par le choix des prénoms qui s’inspirent plus des vedettes du spectacle ou du sport que des personnages reconnus comme saints par l’Eglise. Et pourtant, le nom est tellement lié à la personne que, dans certaines cultures, en Afrique notamment, le père observe d’abord le comportement instinctif de l’enfant avant de lui donner un nom.
Bien sûr, lorsque Jean voit Jésus venir à lui, il sait déjà que son nom est à lui seul tout un programme : Jésus, c’est-à-dire « le Seigneur sauve ». Mais il se permet d’ajouter : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». A force de l’entendre, peut-être cette expression est-elle devenue routinière pour nous. Cet Agneau évoque la figure du serviteur que le prophète Isaïe présente comme un agneau mené à l’abattoir. Comme la première lecture vient de nous le rappeler, ce serviteur va non seulement rassembler le peuple d’Israël mais il sera aussi la lumière des nations « pour que le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ».
C’est déjà beaucoup pour nommer Jésus, mais Jean va encore plus loin. L’évangile met dans sa bouche ce qui est la conviction des apôtres et de tous les premiers témoins de la foi, ce qui est le socle indéfectible sur lequel s’appuie notre foi : « C’est lui le Fils de Dieu ». Nous sommes là au cœur de la foi et jamais nous n’aurons fini de l’explorer.
Mais là encore, ne nous arrêtons pas, continuons d’avancer. Les lectures d’Isaïe et de Paul nous ont révélé que nous aussi, nous sommes enfants de Dieu et appelés à être serviteurs.
« Le Seigneur m’a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur »,dit le prophète. Et saint Paul, au tout début de son grand texte qu’est sa lettre aux chrétiens de Corinthe, se dit « appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus ».
Nommer Jésus, vivre avec lui une authentique relation d’amour, suppose d’une manière radicale que nous apprenions à être comme lui serviteurs.
Comme nous le rappelle l’enseignement de l’Eglise, nous sommes tous appelés, de par notre baptême, à être témoins de l’Evangile, porteurs de la Bonne Nouvelle. Comme le rappelle le pape François dans son encyclique La joie de l’Evangile : « La foi authentique dans le Fils de Dieu fait chair est inséparable du  don de soi, de l’appartenance à la communauté, du service, de la réconciliation avec la chair des autres » (n° 88).
Tout au long de l’année qui commence, vous aurez, nous aurons tous à vivre cet appel dans le cadre de l’invitation de notre évêque à entrer dans une démarche synodale, une démarche de route à faire ensemble.
Après les visites pastorales faites près de toutes les  paroisses du diocèse, notre évêque a pu en vérifier la vitalité mais aussi entendre exprimées des inquiétudes :  Que devons-nous faire pour que la foi chrétienne soit transmise ? Comment témoigner de notre foi auprès des personnes indifférentes ? Que faudrait-il inventer pour rejoindre les jeunes familles ?
Bien sûr, face à ces questions, il n’existe pas de recettes toutes faites, mais nous dit encore notre évêque : « Je désire vous aider tous à témoigner de l’espérance de l’Evangile. Je voudrais que vous expérimentiez la joie du “disciple missionnaire“ selon l’expression du pape François. »
Pour donner des orientations pastorales à notre diocèse, notre évêque dit avoir besoin de chacun de nous. C’est dans ce sens qu’il invite le maximum de chrétiens à se rassembler en ce qu’il appelle des “fraternités synodales“.  Retenez ce mot. Il sera comme le condensé de l’appel adressé à chacun de nous.
Dans des rencontres par petits groupes de 8 à 10 personnes, chacun pourra prendre la parole et recevoir la joie de découvrir du nouveau grâce à l’expérience de l’autre.
Ces fraternités synodales ont un but : faire des propositions concrètes pour que l’Eglise soit davantage joyeuse et missionnaire, de façon adaptée aux attentes des femmes et des hommes de notre diocèse.
Bien sûr, nous reviendrons sur la manière de constituer ces fraternités synodales.
Ensemble, nous allons nous mettre en route. Il serait dommage de rester sur le bord de cette route. Son but n’est autre que la présence vivante du Christ et de son message au cœur de notre monde.
Amen
Père Bernard Heudré

26.12.2016
Titre : Noël !
Auteur : Père Bernard Heudré


Y a-t-il encore de la place pour Celui que nous sommes censés célébrer en cette nuit de Noël ?
Il faut reconnaître que l’espace est plutôt du genre encombré. Le tapage médiatique autour de Noël est bien loin de la nuit de Bethléem où la nouvelle est annoncée seulement à des bergers, catégorie sociale fort méprisée à l’époque. Ils vivaient à l’écart de la société et étaient considérés comme incultes, grossiers et voleurs.
Le signe qui leur est donné n’a rien d’extraordinaire : « un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Etonnant, non ! Le seul signe distinctif de ce nourrisson semble être la mangeoire. C’est ce signe de pauvreté, d’inconfort matériel, qui est donné aux bergers pour reconnaître le messie. Ce que notre société occidentale a fait de Noël au cours de ces cinquante dernières années laisse-t-il encore sa vraie place au sens profond de cette fête ?
Mais il y a aussi toujours présent, toujours vivant, le véritable esprit de Noël, le désir de se retrouver en famille ou avec des amis, une sorte de vague de tendresse qui touche notre société, ces opérations de solidarité qui se manifestent à travers notre monde bouleversé. Vous en avez une illustration dans la crèche de la cathédrale avec cette magnifique photo de personnes vêtues de blanc, se portant au secours de rescapés en Méditerranée, enveloppés de leur couverture de survie.
Je dois vous avouer qu’une telle photo me touche profondément et m’invite à garder confiance en l’avenir de l’humanité qui, certains jours, semble tellement abîmée.
Donc, gardons notre regard, tenons notre cœur fixé sur l’enfant de Bethléem pour qu’il nous dise tout ce qu’il a à nous dire, même si cet enfant est, d’une manière paradoxale, le Verbe, comme le dit le prologue de l’évangile de saint Jean, la parole qui se fait silence.
Il y a quelqu’un, bien connu médiatiquement, qui a su exprimer l’originalité de la foi chrétienne et de la fête de Noël, c’est Jean d’Ormesson. Il dit : « Le christianisme m’émerveille. Cette idée selon laquelle Dieu se fait homme est tellement grande et époustouflante, unique, que l’homme n’a pas pu la trouver tout seul. » Et il ajoute : « Il faut être Dieu pour imaginer l’incarnation, un Dieu qui vient vivre, respirer, aimer, souffrir au cœur de nos faiblesses humaines. »
Pourquoi Noël garde un tel rayonnement alors qu’il semble bien difficile de faire une place à Dieu dans notre monde occidental ? Ce qui n’est pas nouveau. N’oublions pas que Matthieu et Luc nous disent qu’il n’y avait pas de place pour lui dans la salle commune et que Jean renchérit : « Il est venu chez les lui et les siens ne l’ont pas reçu. »
Par-delà toutes les divergences d’opinion et de religion, la fête de la Nativité nous invite à considérer la valeur unique de chaque être humain. Si, aujourd’hui plus que jamais, les hommes ont tant de difficulté à faire place à Dieu, Lui a choisi de faire toute sa place à l’homme.
Dans l’histoire de l’humanité, beaucoup de systèmes de pensée, de religions, de constructions de l’esprit cherchent à rencontrer Dieu. Ici, c’est Dieu lui-même qui vient à la rencontre de l’homme. Le divin se fait humain et cela dans la plus grande fragilité : celle d’un bébé, totalement dépendant pour tout, et de surcroît, né dans une précarité suprême.
C’est vraiment là que se situe l’originalité chrétienne, la révolution chrétienne. Elle est au cœur de notre foi, mais elle a aussi d’énormes conséquences pratiques.
D’abord, elle change notre regard sur les autres. Si Dieu a voulu entrer dans la condition humaine, avec ses grandeurs et ses fragilités, y compris la mort, c’est que l’humain est infiniment précieux. Jésus vient assurer en chacun de nous l’union du ciel et de la terre, du fini et de l’infini. « L’union de ceux qui sont les plus hauts et de ceux qui sont les plus bas, écrit Jean Vannier, voilà ce dont nous avons besoin aujourd’hui. » C’est ce que ne cesse de défendre le pape François, l’union du plus haut et du plus bas.
Si nous considérons tout être humain comme porteur de la marque divine, comme enfant de Dieu, cela ne peut manquer également de changer notre regard sur nous-mêmes. Accueillir l’enfant qui est en nous, devenir comme le berceau de Dieu, la crèche de l’enfant de Dieu que nous sommes, le respecter, le laisser grandir, le nourrir, notamment par la parole et le pain de l’eucharistie. C’est le sens profond de la parole de Jésus : « Si vous ne devenez semblables à un enfant, vous n’entrerez pas dans le royaume de Dieu. »
Si Noël change notre regard sur les autres et sur nous-mêmes, à plus forte raison, Noël change notre regard sur Dieu. Le Très-Haut se fait le Très-Bas. Le tout-puissant devient le tout-fragile. Il s’associe, il devient frère de celui qui n’a pas sa place à l’auberge, qui est perdu, marginal, insignifiant … Il n’est pas à chercher dans les nuages ou les spéculations philosophiques ; on ne le trouve pas dans un ciel lointain, comme les disciples qui regardaient les yeux levés après l’ascension du Christ. Il revient comme il est venu. Le seul critère pour rencontrer Dieu, c’est la figure de Jésus de Nazareth. Ne pas scruter le ciel mais scruter l’Evangile.
Vraiment, Jean d’Ormesson a raison : le christianisme m’émerveille.
Amen
Père Bernard Heudré