Noël  

Sommaire : Le sens de Noël | Noël n'est-il qu'un joli conte ? | Jésus est-il né le 25 décembre ? | Que fête-t-on à Noël ?

  Le sens de Noël  

Source : CEF

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Pour les chrétiens, la fête de Noël (du latin natalis, « naissance », « nativité ») célèbre la naissance de Jésus, Fils de Dieu, le Sauveur attendu, annoncé par les prophètes.

Jésus [Yeshoua] veut dire en hébreu « Dieu sauve ». Ce nom même révèle son identité et sa mission, sauver les hommes et les conduire vers le Père.

La naissance de Jésus est le cœur de ce qu’on appelle le « mystère de l’Incarnation »: « Au temps établi par Dieu, le Fils unique du Père, la Parole éternelle, s’est incarné : sans perdre la nature divine, Il a assumé la nature humaine ».
Le Credo – également appelé « Je crois en Dieu » -, récité au cours de chaque messe dominicale, résume ainsi cet événement : « Pour nous les hommes et pour notre salut, Il descendit du ciel. Par l’Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme ».

Le Fils de Dieu s’est fait homme !

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Comme le racontent les évangélistes Luc et Mathieu, Marie « mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire ». Dans les environs, se trouvaient des bergers. L’Ange du Seigneur s’approcha et leur dit : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ».

« Rien de merveilleux, rien d’extraordinaire, rien d’éclatant n’est donné comme signe aux bergers, commentait récemment le pape Benoit XVI. Ils verront seulement un enfant entouré de langes qui, comme tous les enfants, a besoin de soins maternels ; un enfant qui est né dans une étable et qui, de ce fait, est couché non pas dans un berceau, mais dans une mangeoire. Le signe de Dieu est l’enfant, avec son besoin d’aide et sa pauvreté ».

Cette simplicité est frappante en effet : le fils de Dieu n’est pas venu avec puissance ni grandeur visible. Il ne s’est pas imposé. Ainsi, en l’absence de place dans la salle commune, Il s’est contenté d’une mangeoire, habituellement réservée aux animaux.

Dans l’étonnant déroulement de cet événement inouï – le Fils de Dieu s’est fait homme ! -, les Pères de l’Eglise ont vu bien des signes : d’abord parce que l’enfant de Bethléem est né pauvre parmi les pauvres qu’étaient les bergers.
Egalement parce qu’enfant, il est faible et sans défense. Jésus vient ainsi parmi les hommes en partageant en tout leur condition humaine, à l’exception du péché. Il dira d’ailleurs plus tard « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! ».
Il ne parlait pas, alors, des circonstances de sa naissance. Mais il exprimait ce que nous constatons lors de sa naissance : Il s’identifie à chacun de nous. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Par ailleurs, la venue des rois mages manifeste que le Fils de Dieu est venu pour les hommes de tous les pays et de tous les temps. Et en effet, à la fin de sa vie terrestre, Jésus enverra ses apôtres en mission en leur disant : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création ».

La mangeoire, enfin, symbolise l’autel. Pour vivre, l’homme a besoin de nourriture. Mais, comme Jésus le dira souvent au cours de sa vie publique, l’homme n’a pas seulement besoin de pain, il a aussi besoin de nourriture pour son âme, d’un sens à donner à sa vie. C’est pourquoi les Pères de l’Eglise considèrent que la mangeoire est le symbole de l’autel, sur lequel est déposé le Pain, qui est le Christ lui-même : la vraie nourriture pour le cœur. De même, dans l’hostie consacrée au cours de la messe, il a l’humble apparence d’un morceau de pain.

Cantique Adeste Fideles par le Chœur de la cathédrale de Dublin

Noël en questions

1 Noël n'est-il qu'un joli conte ?

La réponse de Bertane Poitou
L’histoire de Noël a des aspects merveilleux, qui pourraient faire sourire, ou mettre en doute la réalité de cette fête. Mais la beauté de Noël est dans le sens de cette fête : Dieu qui vient à notre rencontre.
« Il était une fois… »
Nombreux sont les contes qui débutent par ces mots. Et dans ces histoires, la trame est presque toujours la même, on voit l’amour triompher d’un mauvais sort ou l’intelligence vaincre la méchanceté. Qu’il s’agisse de Cendrillon, de la Belle au bois dormant ou du Petit Poucet, le bien est récompensé et l’histoire se finit par le châtiment des méchants et le bonheur des gentils.

Noël, un joli conte… avec happy end ?

Essayons alors d’appliquer cette réalité à Noël.
Il était une fois, en Judée, un enfant né dans une étable parce que Marie et Joseph, ses parents partis pour un recensement, n’avaient pas trouvé de place dans une auberge. Heureusement, un bœuf et un âne réchauffent la mère et l’enfant de leur souffle. Puis, ayant appris cela, des bergers viennent à l’étable apportant qui un œuf, qui de la farine comme nous le montrent les santons. Mieux encore, ce sont des mages venus d’Orient qui arrivent pour offrir des cadeaux somptueux : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. L’enfant est sauvé de la fureur du roi grâce à un rêve fait par Joseph qui emmène la famille en Egypte.

Revenu à Nazareth, l’enfant grandit puis part sur les routes en appelant des hommes à le suivre. Partout où il va, il soigne, guérit, chasse les démons, fait le bien. Jusque là, tout va bien… Mais voilà, cela ne plaît pas aux autorités religieuses : il ne respecte pas la Loi. Alors il va falloir le faire mourir avec l’aide de l’occupant romain ! Après un simulacre de procès, il est cloué sur une croix et meurt. Si nous étions dans un conte, cet enfant devenu adulte ne serait pas mort de cette mort ignominieuse réservée aux bandits. Le Christ est ressuscité, et Il est vivant! Mais cette Résurrection passe par une Passion douloureuse, loin des récits de conte.

Alors… ?
Peut-être faut-il revenir aux textes qui nous parlent de Jésus, cet enfant né à Noël ?

Le récit de Noël

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Jésus lui-même n’a laissé aucun écrit. La seule fois où on le voit écrire, c’est dans le sable… trace éphémère. Les sources chrétiennes qui nous parlent de Lui, sont constituées de textes rédigés par des témoins directs ou indirects, peu de temps après la mort de Jésus : les évangiles, les lettres de Paul, de Pierre et de Jacques et les Actes des Apôtres. Il existe un nombre important de manuscrits complets ou fragmentaires de ces textes du Nouveau Testament, les plus anciens datant du IIème siècle. Il existe, en particulier dans les quatre évangiles des divergences quant à la relation des faits. Mais ces divergences ne sont-elles pas au fond un critère d’une certaine fiabilité ?
En effet, ces divergences ne montrent-elles pas que, loin d’avoir été écrits selon un format fabriqué pour défendre une cause, les évangiles sont des témoignages écrits par des auteurs dont la sensibilité était différente. Si vous interrogez, aujourd’hui, des témoins d’un accident de la route, certains seront plus précis que d’autres sur la marque des voitures, alors qu’ils ne diront rien sur les couleurs. En revanche, ils seront souvent d’accord sur l’essentiel des faits. Il en est de même pour les textes chrétiens issus d’une tradition orale.
En revanche, les deux évangiles qui racontent la Nativité nous disent la même chose avec des mots différents : la naissance de Dieu fait homme, qui se fait proche de nous.

A Noël, Jésus vient à la rencontre de chacun

Noël n’est pas un joli conte, n’est pas virtuel, mais la fête de la venue de Dieu sur terre, de son incarnation. A Noël, les chrétiens célèbrent le mystère de Dieu qui se fait homme pour nous sauver, qui entre dans l’histoire humaine et accepte d’aller jusqu’au bout de son amour pour nous. Un joli conte nous parle de morale où les bons et les méchants sont d’entrée de jeu bien identifiés. L’Evangile nous parle d’amour, d’amour offert à tous ceux qui veulent l’accueillir quand ils le rencontrent, qui s’y convertissent quelle qu’ait été leur vie avant cette rencontre. C’est ce message qui est offert, dans les Ecritures, et tout particulièrement dans ce récit de la Nativité où le Christ vient à la rencontre de chacun.

Il est une foi !

Bertane Poitou, déléguée diocésaine à la communication, diocèse de Saint-Claude

2 Jésus est-il né le 25 décembre ?

La réponse de Roselyne Dupont-Roc

Les chrétiens fêtent à Noël la naissance de Jésus. La naissance, toute simple, d’un bébé dans une province lointaine de l’empire romain, dans un milieu rural pauvre de Haute Galilée. Nous en ignorons la date exacte. Mais pour les chrétiens cet événement, unique et décisif, va bien au-delà d’une date, ou d’un anniversaire.

L’année même de cette naissance est discutée. Les évangiles de Matthieu et Luc nous disent que Jésus est né sous le règne d’Hérode le Grand, qui, paradoxalement, est mort en 4 avant J.-C. Il n’y a là aucun mystère ! Simplement le fait que lorsque le calendrier chrétien a été établi à partir de la naissance de Jésus, on situait cette naissance par rapport à la fondation de Rome. Le moine qui travailla sur ce calendrier, Denys le Petit (5ème siècle), s’est trompé de 5 ou 6 ans pour fixer l’an 1.

Solstice et Noël : Jésus, soleil levant

Historiquement les chrétiens n’ont fixé la naissance de Jésus à Noël (le jour « natalis ») le 25 décembre qu’à partir du 4ème siècle[1], et c’est finalement l’empereur Théodose II qui l’a officialisée. Il s’agissait de remplacer les fêtes païennes du solstice d’hiver. Car c’est à ce moment de l’année que l’on célébrait depuis longtemps dans l’empire romain la renaissance du soleil, « sol invictus », avec les jours qui recommencent à grandir. Noël affirmait que, pour les chrétiens, Jésus était le seul soleil levant, l’astre qui illuminait la nuit.

Noël : un tournant pour l’humanité !

Les chrétiens ne s’inquiètent pas de cette ignorance et de cette datation tardive ; leur foi ne consiste pas seulement à faire mémoire d’un passé révolu, mais à affirmer aussi la présence du Seigneur vivant aujourd’hui, aux côtés des siens et de tous les hommes de bonne volonté. Raconter sa vie et son histoire, c’est montrer que celui qui naquit ignoré de tous sous Hérode le Grand, et qui mourut crucifié ignoblement sous Ponce Pilate est bien le Seigneur ressuscité qui vient à notre rencontre et transforme nos vies. En lui Dieu nous a définitivement rejoints. C’est un tournant et un phare dans l’histoire humaine.

25 décembre : un repère pour contempler l’essentiel

Nous avons besoin de repères et d’anniversaires qui ponctuent le temps de notre vie et accompagnent notre chemin de foi personnel et communautaire. Nous célébrons donc l’anniversaire de la naissance de Jésus le 25 décembre. Pourtant Noël fut d’abord fêté en lien avec l’Épiphanie, le 6 janvier, et aujourd’hui encore, certaines Eglises orthodoxes et catholiques de rite byzantin célèbrent ensemble Noël et Épiphanie[2] . Si, en Occident, les deux fêtes sont restées distinctes, le lien entre les deux grandes célébrations est évident.
A partir du récit de la visite des mages dans l’évangile de Matthieu, les chrétiens célèbrent la manifestation, à tous les peuples de la terre, de Dieu venu dans notre chair. « Et le Verbe s’est fait chair », affirme le prologue de l’évangile de Jean (Jean 1,14). Noël met en lumière l’action la plus inattendue de notre Dieu : il vient, en Jésus, son Fils, partager notre humanité. Là s’opère la jonction inouïe du divin et de l’humain, de l’éternité et du temps. Noël, est la fête du mystère de l’incarnation : Dieu qui se fait homme, qui vient à nous, par amour.
Roselyne Dupont-Roc, bibliste, Cetad, enseignante à l’Institut Catholique de Paris (1985-2011), Centre Intelligence de la Foi (CIF)

3 Que fête-t-on à Noël ?

La réponse du père Maurice Allaire

Les rues s’illuminent, se parent d’étoiles et de guirlandes. On parle cadeaux, bûches et sapins… Pas de doute, la fête de Noël approche ! Qu’est-ce qui en est à l’origine ? Que veut dire la naissance du Christ, pour nous aujourd’hui ?

On entend dire parfois : « Noël, c’est un rêve, c’est magnifique ! ». Il est vrai que pour beaucoup de gens, Noël, y compris chez les non-chrétiens, est une fête importante qui touche la famille, les enfants notamment qui sont comblés de cadeaux ce soir-là.

Noël, une fête pour tous

Noël, c’est le sapin illuminé dans nos maisons, dans nos villages, dans nos villes, sur les places publiques. Noël, c’est la période où les magasins sont devenus, plus que d’habitude, les « temples de la consommation». Le soir, le repas traditionnel du « réveillon » est un moment important de convivialité, de remise et d’échanges de cadeaux, aux enfants en priorité, mais aussi aux adultes qui veulent se faire plaisir. Noël revêt aussi cet aspect d’intimité, de proximité. C’est essentiellement le noyau familial : parents et enfants, qui se trouvent réunis autour de la table, du sapin illuminé et aussi souvent de la crèche. Noël invite, presque naturellement, au respect, à quelque chose de sacré, même pour les non-chrétiens. On entend dire parfois : «Noël, pour nous, c’est sacré». Le mot «sacré» signifique dans l’expression «important». Toute cette représentation festive de Noël a sa valeur en elle-même.

Noël, au-delà des cadeaux

Cependant, le sens ultime de la fête de Noël ne réside pas seulement dans les cadeaux ou la consommation, ou même la famille. Pour le chrétien, Noël n’a pas seulement un aspect de rêve ou de magie. Noël est une réalité historique, humaine et spirituelle. Jésus est situé dans une histoire. Il a vécu dans un petit pays, appelé la Palestine, occupé à cette époque par les Romains. Au moment où Jésus est né, des bergers qui étaient là dans les environs de ce petit village appelé Bethléem entendent un ange qui leur dit : « Soyez sans crainte, voici que je vous annonce une grande joie qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David. Vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. » Et soudain, une troupe nombreuse de l’armée céleste louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »

Jésus, notre cadeau de Noël

Oui, en effet, cette nuit-là, le monde entier a reçu un cadeau : Dieu a envoyé son fils dans le monde comme un cadeau fait à l’humanité. Ce cadeau, nous pouvons en vivre tous les jours si nous acceptons le message de l’Evangile, si nous acceptons de croire en ce Jésus de Noël qui donne sens à notre vie. Une bible, éditée il y a de nombreuses années, porte sur sa couverture cette très belle phrase : « La bible est un trésor ». C’est une chance de posséder un trésor qui contient un appel à l’amour, à la Paix, à la Joie, à l’Espérance. C’est le message de Noël, c’est le message de l’Evangile qui nourrit la vie des chrétiens.
Père Maurice Allaire, diocèse de Coutances

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Le vaste tableau ci-dessous est visible dans la cathédrale Saint-Pierre de Rennes.

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