Notes sur l'Imitation

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"L'Imitation de Jésus-Christ tient une grande place dans la littérature chrétienne.

Écrit par un moine, Thomas a Kempis*, durant la première moitié du XV° siècle, ce petit livre a été lu et médité par des générations de laïcs désireux d'approfondir leur vie intérieure. L'Imitation est certes un témoignage parmi d'autres du renouveau spirituel de son époque, désigné sous le nom de Devotio moderna, qui oppose la voie de l'intériorisation à un monde extérieur déchiré et violent. Mais les grandes œuvres débordent le temps et le lieu qui ont offert le cadre, le sujet, l'occasion, l'auditeur.

C'est l'existence chrétienne de toutes les époques qui est décrite dans ce livre.

La grâce et la tentation sont ressaisies à leur racine : l'existence de l'amour et du mal.

De l'un et de l'autre, l'auteur décrit avec minutie les formes en appelant le lecteur à la conversion intérieure. L'Imitation ne tend qu'à cette purification du cœur sans laquelle ne peut être ni compris ni vécu l'Évangile."

St Paul

 

Le chanoine Constant Tonnelier, aumônier du Carmel de Laval, analyse ainsi l'Imitation :

 

"Durant cinq siècles et demi, ce livre a été lu et relu par des générations de chrétiens, assoiffés de sainteté et de progrès spirituel, en apprenant à se vaincre, à contempler le Christ en sa Passion, puis à se nourrir de sa vie dans l’Eucharistie.

Quand a soufflé sur l’Église le grand vent de Pentecôte du Concile Vatican II, ce livre a soudain pris le chemin des oubliettes. Que lui reprochait-on? De donner grande place à la piété individualiste, alors que se développait l’esprit communautaire. D’orienter la vie spirituelle dans un sens mystique, quand on prônait une spiritualité de plein vent dans le monde. De centrer la vision chrétienne sur la Passion et sur la Croix, tandis que l’on découvrait le mystère pascal sous son triple aspect: Croix, Mort, Résurrection.

Il est né au cœur d’un grand courant spirituel, ascétique et mystique, aux XIV-XVe siècles, alors que la théologie scolastique avait vieilli. On l’appellera la  Devotio moderna, simple et concrète, ouverte aux petits et aux humbles tandis que la théologie se cantonnait dans l’abstrait.

Cette  Devotio moderna semble avoir pris naissance dans les congrégations de «Frères et Sœurs de vie commune», de type «ordre canonial». Maître Eckart n’est sans doute pas étranger à cette spiritualité nouvelle et l’influence de Ruysbroeck apparaît aussi. Groote** développera, dès 1381, ces groupes de vie commune. C’est donc d’en-bas que naît la  Devotio moderna , pour répondre à des besoins nouveaux dans l’Église."

NOTES

*Thomas von Kempen, né à Kempen près de Cologne, chanoine régulier de Windeshein (1380-1471), plus connu sous le nom latinisé de Thomas a Kempis. Son nom de famille était Hemerken. Existence de moine copiste.  Il a copié quatre exemplaires de la Bible, et l'une de ces copies est conservée à Darmstadt, en cinq volumes. "Ses écrits sont marqués par la dévotion et comprennent des billets, méditations, lettres et sermons, des vies de saints et diverses biographies". Longtemps maître des novices au monastère de Mont-Sainte-Agnès à Zwolle. Il a vécu et est décédé à Zwolle en Hollande.


**Doctrine de Gérard Groote :
"La conversion du cœur et la pratique des vertus chrétiennes priment. La contemplation perd l'aspect intellectuel et ouvertement métaphysique que lui avaient donné les mystiques rhénans et devient simple prière. Il insiste sur la nécessité du dépouillement préalable de celui qui va prier. Selon lui, il faut avant tout imiter l'humanité du Christ et allier vie active et contemplation.
Les disciples de Gérard Groote poursuivent dans la voie du refus de la spéculation mystique et de celle de l'attachement aux vertus chrétiennes. Ils rejettent l'ascèse sauf si elle est inspirée par l'amour du Christ. L'imitation de la vie et de la mort du Christ est au cœur de cette spiritualité. Le croyant doit demeurer sur terre pour y agir. Son âme est habitée par le Christ. Il n'est donc plus question, comme le voulait la spiritualité médiévale, de se fondre en Dieu en s'élevant vers Lui, mais d'une démarche qui résulte d'une autre perspective puisque c'est le Christ qui vient habiter le chrétien et que ce dernier exerce une action là où il se trouve, sur terre." (source Wikipedia)

 


 

 

Commentaire :

On peut être frappé, en lisant l’Imitation, par l'image parfois sombre que la religion chrétienne donne de la vie et de la destinée humaine, le tableau terrible et effrayant du sort réservé aux pécheurs dans le Livre premier : Du jugement et des peines des pécheurs.

L’influence augustinienne y apparaît  tout du long.
À la suite de saint Paul (épître aux Romains 5, 14 : « depuis Adam jusqu’à Moïse, la mort a établi son règne, même sur ceux qui n’avaient pas péché par une transgression semblable à celle d’Adam ») saint Augustin développe une argumentation rigoureuse sur la question du péché d’Adam – ou péché originel - dans son livre Ad Simplicianum, et sur la nécessité de la Grâce.
Augustin a été très marqué par le manichéisme (combat du Bien et du Mal dans le monde) auquel il a adhéré un temps avant de s’y opposer. Pour expliquer cette transmission à toute l’humanité, il l’associe étroitement au « péché de chair », déjà dénoncé par les philosophes stoïques.

Augustin enfin est platonicien et il adhère à ce dualisme moral qui sépare le monde des Idées et le monde matériel terrestre.
La très belle allégorie de la Caverne (Platon, La République, livre VII) rappelle avec force ce dualisme et la misère de la condition humaine plongée dans les ténèbres.

St Augustin par Boticelli

Socrate y dit à Glaucon : « Représente-toi de la façon que voici l'état de notre nature relativement à l'instruction et à l'ignorance. Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu'ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête; la lumière leur vient d'un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux.». Suit le déploiement saisissant de la métaphore comparant le monde qui est le nôtre à la prison de l'âme.

Toutes ces influences se retrouvent mêlées dans l'Imitation :

"Il nous serait doux de jouir d'un repos exempt de toute misère ; mais en perdant l'innocence par le péché, nous avons aussi perdu la vraie félicité.

Il faut donc persévérer dans la patience, et attendre la miséricorde de Dieu jusqu'à ce que l'iniquité passe et que ce qui est mortel en vous soit absorbé par la vie." Imitation Livre III, 22.5

Le commentaire du traducteur, l'abbé Lamennais, éclaire bien cette œuvre :

"Nous n'avons ici-bas qu'un intérêt, celui de notre salut, et nul ne peut être sauvé qu'en Jésus-Christ et par Jésus-Christ.
La foi en sa parole, l'obéissance à ses commandements, l'imitation de ses vertus, voilà la vie, il n'y en a point d'autre: tout le reste est vanité, et j'ai vu, dit le Sage, que l'homme n'a rien de plus de tous les travaux dont il se consume sous le soleil: richesses, plaisirs, grandeurs, qu'est ce que cela, lorsqu'on jette le corps dans la fosse, et que l'âme s'en va dans son éternité
?" "Réflexion" de Lamennais livre 1 ch.1

Tableau certes très austère de la vie terrestre !

Mais l'optimisme béat de tant de croyants, au XXe et au XXIe siècle, croyant que "nous irons tous au Paradis", n'est pas plus satisfaisant que cet éclairage pessimiste de l'Imitation à la suite de saint Augustin.

À l'inverse, n'évoquons que pour mémoire le fait surprenant qu'un nombre non négligeable de chrétiens pensent aujourd'hui qu'il n'y a pas de vie après la mort***. Ce qui est paradoxal pour des personnes qui déclarent adhérer à l'euangélion, la Bonne nouvelle, d'un Jésus mort et ressuscité. C'est faire peu de cas de la réponse de Jésus au larron :

"Lc 23, 43 : Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » "

On ne peut se prétendre chrétien ET nier la résurrection. Mais c'est un très ancien débat, qui remonte aux origines du christianisme !

"Mais si l'on prêche que le Christ est ressuscité d'entre les morts, comment quelques-uns disent-ils parmi vous qu'il n'y a pas de résurrection des morts?
S'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n'est point ressuscité.
Et si le Christ n'est point ressuscité, notre prédication est donc vaine, et vaine aussi est votre foi.
" - Paul I Cor 15,12-14.

*** "D'après certains sondages, ils seraient près de 25%" dit le père Dominique Fontaine, prêtre de la Mission de France, auteur du livre "la foi des chrétiens racontée à mes amis athées" aux éditions de l'Atelier.

◙   Bernard B.