Basilique Notre-Dame des Miracles | .7

L’an passé à la même époque, dans le cadre de la réflexion sur l’eucharistie, les communautés chrétiennes étaient invitées à regarder leur mobilier de célébration. A Saint-Sauveur, il est original sur deux points : le plan très particulier du chœur conciliaire et la variété des espaces de réconciliation.
Histoire du chœur conciliaire actuel (1975…)

Un autel face au peuple

nouvel autel

La majesté et l’exiguïté du chœur, autant que la fréquentation réputée traditionnelle de la basilique mariale, ne rendaient pas évidente l’implantation d’un «autel face au peuple». Le chanoine Chuberre (curé jusqu’en 1966) n’y songea pas. Son successeur le chanoine Simonneaux mena quelques projets (1967 et 1972), qui restèrent dans les tiroirs. L'abbé Louis Chauvin (curé de 1973 à 1980), qui avait été aumônier national d’Action Catholique, franchit le pas avec diplomatie : il fit précéder les innovations par une enquête à laquelle répondirent plus de 600 usagers. Avec l’aide de la Commission d’Art Sacré et de l’architecte Henry Couasnon une solution fut trouvée, qui fut concrétisée pour Noël 1975 : «Pour ne pas détruire l’harmonie du chœur et du Maître autel, il a paru préférable de créer un nouvel espace sacré en avant du sanctuaire, et nettement séparé de ce dernier (…), l’avant-chœur étant conservé comme lieu de la présidence et de la liturgie de la Parole…»1. Le compromis ainsi trouvé plaçait au carré du transept une estrade carrée, la plus petite possible, avec un autel mobile («comme il se doit») mais «soigneusement étudié pour l’harmonie des formes et des couleurs». Hasard de l’Histoire, cette implantation prudente mais décisive se passait juste un siècle après la mise en place de l’autel de N.-D. des Miracles.

Vingt ans après ( en 1995, au temps où J. Lecoq était curé), les choses avaient changé. Le chœur conciliaire paraissait trop discret, provisoire, l’ambon et le siège de présidence trop distants. Un nouveau projet fut confié à l’architecte Yves Huet (qui était aussi de la paroisse). Il aboutit à ce que nous voyons aujourd’hui : une solide estrade à deux marches, en chêne, avec une forme très originale, puisqu’elle est conçue de façon rayonnante à partir de l’ancien maître autel. De la sorte est souligné fortement le lien de filiation entre les deux autels (un peu comme on parle d’Ancien et de Nouveau Testament). Pour affirmer la consistance du nouvel autel, celui-ci est placé strictement au carré de transept (ce qui n’était pas le cas du précédent).

La dilatation de l’espace vers la nef a donné toutes ses chances à l’ambon. Depuis ce temps, dix ans ont passé encore. A présent la réflexion porte sur la qualité de l’autel, voulu comme définitif. Un projet est à l’étude, confié à l’architecte H. Chouinard qui fait partie de la Commission d’Art Sacré. Le matériau qui a paru s’imposer est le fer forgé, compte tenu de l’importance des réalisations du XVIIIe siècle en ce domaine (chaire, tables de communion…). Toutefois, si cela conviendrait parfaitement pour l’ambon, il y a lieu de se demander pour l’autel s’il ne serait pas bon d’introduire du marbre blanc, étant donné que c’est le matériau de l’ancien maître-autel (et de l’autel de N.-D. des Miracles), et que les grandes statues du chœur et du transept, ainsi que le Christ de la Transfiguration, sont aussi sous le signe du blanc. Dans tous les cas, un motif se détacherait en lettres dorées : le fameux sigle IHS, qui semble s’imposer dans l’église Saint-Sauveur.

Le chœur conciliaire actuel, vu des échafaudages du baldaquin qui vient d’entrer en restauration. Le chœur conciliaire actuel, très lié au chœur ancien, où est conservé le Saint-Sacrement.

Histoire des espaces de réconciliation (1975…)

En même temps qu’était installé le premier chœur conciliaire, les deux confessionnaux qui se trouvaient dans la chapelle faisant face à celle de N.-D. des Miracles furent transformés en «bureaux», «avec la double possibilité de se mettre à genou ou de s’asseoir ». Là encore, le prudent Père Chauvin avait fait précéder cette innovation par une enquête et la caution de la Commission d’Art Sacré, car ce qui semblait plutôt en retard pour le chœur était en ce domaine assez novateur… Du reste, il nota dans le livre de paroisse : «Cette dernière transformation suscita un certain étonnement, une curiosité même pourrait-on dire…». A l’origine ces confessionnaux (de 1842, comme les quatre autres du transept) se trouvaient séparés, chacun dans son bas-côté. Ils avaient été rapprochés … par N.-D. des Miracles elle-même qui en 1875 avait pris toute la place dans la chapelle du bas-côté droit.

A l’usage, ce mode nouveau de rencontre avec le prêtre fut apprécié, si bien qu’en 1988 le Père Plard (qui succéda au P. Chauvin) se sentit obligé de créer un troisième «bureau». Hélas le seul espace disponible était la chapelle baptismale. On trouva dans les réserves de la cathédrale un confessionnal évacué lorsqu’avait été placé le tombeau de Mgr Gonindard, et qu’on estimait avoir été utilisé par Mgr Brossais-Saint-Marc. Y. Huet se vit confier le travail ingrat de «massacrer » la chapelle baptismale… Le succès pénitentiel de Saint-Sauveur était, et reste, dû à la bonne situation de l’église et à son statut de basilique et d’annexe de la cathédrale. C’était surtout la seule église où l’on était sûr de trouver un prêtre presque à toute heure du jour. Mais parmi ceux qui poussaient la porte des confessionnaux-bureaux se trouvaient des personnes qui avaient surtout besoin de parler. En 1995, le père Lecoq fit installer dans la chapelle Sainte-Anne bordant le chœur un véritable bureau, décoré à l’origine d’un joli tableau de Pierre Gilles sur le Puits de Jacob. Ces innovations, en elles-mêmes très intéressantes, auraient probablement besoin d’être  revisitées pour être améliorées.

Encombrer l’espace baptismal est symboliquement pénible, pas seulement esthétiquement.

La chapelle des fonts devrait être réhabilitée et utilisée pour ce qu’elle est. La chapelle suivante, qui abrite les deux «bureaux» de 1975, a déjà fait l’objet d’une nouvelle mise en valeur dans le goût des années 90 : frisette vernie et icônes. Ce qui peut paraître discutable, c’est précisément l’ambiance «bureau», pas nécessairement à la hauteur d’un sacrement comme celui de la Réconciliation. Il faudrait aussi réfléchir aux images d’accompagnement et à leur emplacement, et à la difficulté pratique de proposer pour le pénitent côte à côte un prie-Dieu (assez traditionnel) et une chaise.

Quant au véritable bureau de la chapelle Sainte-Anne, il occupe l’espace le plus délabré et le plus éloigné de l’entrée de l’église, ce qui n’en facilite pas l’accès. Toutefois des remèdes peuvent être apportés à ces difficultés.

Une autre question pourra se poser si un jour l’église, fort empoussiérée, était restaurée. Est-il nécessaire de conserver les quatre confessionnaux du transept, qui ne servent plus et qui nuisent à la mise en valeur des autels de la Vierge et de Saint-Joseph ?

Les choses vont ainsi de nos jours que de dix ans en dix ans, il est utile de les revoir, de préférence à plusieurs.


Père Roger Blot - 2006

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