Église Saint-Sauveur

...ou Basilique Notre-Dame des Miracles ?

Il est bien tentant, après avoir regardé l’église Saint-Étienne, de se tourner vers celle de Saint-Sauveur, de l’autre côté de la cathédrale. Sa reconstruction fut en effet décidée en 1701, juste un an après l’inauguration de l’ex-église des Augustins.

Une église à plusieurs statuts.

Aujourd’hui l’église Saint-Sauveur tient une place particulière à Rennes. C’est la grande église de recueillement pour la ville, ouverte de 7 h à 19 h. Plusieurs messes y sont célébrées chaque jour et on y assure de façon permanente un accueil et la possibilité de recevoir le sacrement de réconciliation. Ce statut est relativement récent et l’histoire de l’édifice se perd dans la nuit des temps. Le patronage du Saint Sauveur et la proximité de la cathédrale peuvent faire penser à un élément très ancien d’un complexe cathédral, mais les textes et l’archéologie sont muets.

autel

Au XIIe siècle elle est mentionnée comme chapelle dépendant de l’abbaye Saint-Georges, qui régente la paroisse Toussaints sur laquelle se trouve St-Sauveur. Elle garde longtemps le statut d’église tréviale sous la responsabilité du recteur de Toussaints, mêmesi des fonts baptismaux y sont attestés dès le XVe siècle. C’est seulement en 1667 qu’elle devient le siège d’une paroisse, dont le recteur reste présenté par l’abbesse de Saint-Georges. Peu après, sa façade s’écroule (1682) et l’on en profite pour rêver d’une grande église digne de son nouveau statut. Les travaux, freinés par l’incendie du centre de Rennes en 1720, s’étirent sur presque tout le XVIIIe siècle, si bien qu’à la Révolution c’est l’église de Rennes la plus neuve. Elle fera office de cathédrale pour l’évêque constitutionnel Le Coz, qui la préfère à l’abbatiale Saint- Melaine. Elle deviendra peu après le Temple de la Raison.

Au XIXe elle reprend sa fonction paroissiale mais devra son succès marial aux guerres avec l’Allemagne.
nef Dans les années 1870, on réactive le souvenir d’un miracle du XIVe siècle où Marie aurait protégé les Bretons-Français d’un siège des Bretons-Anglais. Le succès est tel qu’en 1916 elle est proclamée basilique de Notre-Dame des Miracles et des Vertus, à égalité avec Notre-Dame de Bonne-Nouvelle (qui, elle, aurait assisté les Bretons-Anglais contre les Bretons-Français).
A partir de 1939, elle perd son statut paroissial au profit de la cathédrale, mais du coup l’emporte sur l’autre basilique comme église de dévotion.
Depuis 2002 elle est redevenue paroissiale, en association avec la cathédrale et l’église Saint-Étienne, mais reste également basilique et annexe de la cathédrale (les chanoines s’y réunissent en semaine).

Un édifice de perfection

L’église Saint-Sauveur est avec l’église de Toussaints (l’ancienne église des Jésuites) une des belles réussites de l’architecture classique à Rennes. Entièrement voûtée de pierre, c’est une véritable merveille d’intelligence et d’équilibre, surtout à l’intérieur. Son architecture la rattache au XVIIe siècle (Louis XIV), mais son mobilier est surtout caractéristique du XVIIIe siècle (Louis XV et Louis XVI). Le XIXe siècle a apporté son empreinte de qualité notamment à travers peintures et statues, tout en ternissant fâcheusement la fraîcheur du XVIIIe. Les interventions du XXe siècle (vitraux notamment) sont plus contrastées, mais le chœur conciliaire est intéressant.

L’église fut commencée en 1703, sur les plans de l’architecte François Huguet, héritier du « clan » Corbineau. Elle fut mise en service en 1719 (chœur et transept). Mais l’incendie de 1720 retarda la construction de la nef. La façade, due à l’architecte Le Forestier, fut mise en chantier vers 1755, et le voûtement de pierre s’acheva seulement vers 1760.

La façade de Le Forestier, très sobre, n’a pas la magnificence qu’avait souhaité François Huguet. Celui-ci avait prévu des colonnes devant les pilastres encadrant la grande porte.

mairie

L’église bénéficie d’une implantation prestigieuse et s’ouvre sur la ville du XVIIIe s. La nouvelle église fut tournée vers l’occident, dans la foulée de celle des Augustins, ce qui la mis en bonne position lors de la reconstruction de la ville après 1720.

hôtel de Blossac

Le flanc sud de l’église fait équerre avec l’hôtel de Blossac. La hauteur des murs s’explique par le voûtement de pierre, surmonté d’une charpente.

Le campanile au-dessus du carré de transept fut dessiné par l’architecte Chocat de Grandmaison, et réalisé en 1741.

Un mobilier d’exception

autel de la Vierge

A Saint-Sauveur, que vous regardiez vers le fond du chœur, le fond de la nef, ou le fond des chapelles du transept, vous avez face à vous un mobilier d’exception porté à chaque fois par quatre colonnes de marbre rose.

autel

Au centre du chœur, le maître-autel à baldaquin fut inauguré seulement en 1768. Bien sûr ce n’était pas le premier autel : de celui-ci subsistent quelques éléments au fond du chœur. L’autel lui-même, en marbre blanc, a été refait en 1827.

Les deux autels du transept montrent nos plus beaux retables de tuffeau et marbre du XVIIIe siècle. Celui de la Vierge est cité en 1735, celui de St Joseph en 1738. Les autels proprement dits et les statues furent refaits vers 1870.

L'orgue, acheté en 1791, est un héritage de l'abbaye Saint-Georges qui régenta Saint-Sauveur jusqu'à la Révolution. Il a une histoire complexe qui commence au XVIIe siècle.

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Père Roger Blot