Église Saint-Étienne | .3

Ajoutons quelques touches à la présentation du mobilier néoclassique de cette église, avant d’évoquer les vitraux du XXe siècle, d’un esprit tout autre…

Le porte-cierge pascal (début XIXe)

lutrin

La comparaison du porte-cierge pascal de Saint-Étienne avec ceux de la cathédrale et de Saint-Sauveur montre que ces trois œuvres en bois doré du premier Empire ont la même origine, mais aussi que seul le porte-cierge de Saint-Sauveur est complet. Celui de la cathédrale a perdu ses pattes de lion et celui de Saint-Étienne a été diminué de moitié. La moitié manquante (déposée) serait facile à replacer mais comme souvent il y a conflit entre la beauté et la commodité (l’œuvre intégrale porte la mèche à plus de trois mètres de hauteur !).

Le lutrin (début XIXe)

C’est une pièce héritée probablement aussi du premier Empire. Mais son origine est incertaine : le lutrin fut donné à cette église vers 1970.

nef

Les stalles et le mobilier secondaire du chœur

stalles

Le chœur fut boisé dès 1815 et entouré de stalles sobres mais de belle facture exécutées par deux menuisiers locaux, Melin et Trévilly. Une partie subsiste, un peu écrasée par les faux pilastres de plâtre ajoutés après. Le parquet est aussi de cette époque et porte encore les traces de son ajustement au baldaquin de 1818. La balustrade de communion en fer forgé est d’un modèle très répandu, mais c’est une des plus anciennes du genre (vers 1819).

Les six confessionnaux (1830)

Ils furent réalisés comme bien d’autres meubles par le menuisier local P. Melin (pas en 1806 comme le pensait B. Pocquet du Haut-Jussé, mais seulement en 1830). Ils furent imités largement dans les années suivantes (Amanlis 1832, Chapelle-Chaussée 1834, Pacé 1836 etc.).

La chaire (1806)

Adossée au second pilier de droite elle a disparu en 1956. Elle avait été faite en 1806 par le menuisier Trévilly et offerte par les deux parrains de la cloche de 1806. Les deux œuvres portaient d’ailleurs une inscription presque semblable.

La grande statue de Sainte-Anne (1842)

Elle a disparu aussi en 1956, en même temps que le Christ flagellé, autre œuvre de J.-B. Barré. On pourrait se demander si elle n’a pas été alors placée à l’église Saint-Aubin. Une photo montre en tout cas qu’elle était exactement semblable et de la même année que celle qu’on y voit.

Les vitraux de Saint-Étienne

vitrail

A l’origine (en 1700), la lumière entrait beaucoup plus largement dans l’église. La surface vitrée était plus grande : les baies du transept étaient plus hautes, trois œils-de-boeuf surmontaient les trois baies du chœur et les trois baies de la façade n’étaient pas obturées par la tribune et l’orgue. Mais surtout, il n’y avait que des verres blancs.

Le passage aux vitraux de couleur se fit progressivement. Dès 1848, Saint Etienne et Saint Augustin apparurent sur les baies du fond du chœur. C’était l’œuvre d’un pionnier du nouveau vitrail, Maréchal de Metz, par l’intermédiaire de l’évêque Dupont des Loges originaire de Rennes. Vingt ans plus tard, en 1867, la baie axiale du chœur fut débouchée et l’abbé Brune fit placer un troisième vitrail par le médiocre Eugène Denis de Nantes. Peu satisfait, il se tourna vers Claudius Lavergne de Paris pour les deux vitraux du transept (Christ au calice et Bon Pasteur, 1869), puis les sept verrières des bas-côtés et des fonts, sur des sujets christiques et mariaux (1870). Finalement en 1887 on lui donna à refaire les trois verrières du chœur (Martyre d’Etienne, Christ prêtre, Conversion d’Augustin). Il convainquit même le curé d’accompagner ces vitraux talentueux et suaves de tout un décor peint par un ami de sa Corporation des Artistes Chrétiens de France, Alphonse Jacquier, ce qui fut fait en 1895. Cinquante ans après, en 1944, les Allemands firent sauter le pont Bagoul. Sept verrières furent très endommagées et la toiture de l’église enfoncée. Le décor de Jacquier fut effacé et les vitraux furent renouvelés entièrement sur un nouveau programme confié à Joseph Archepel de Paris et à Robert Briand de Rennes. Ils furent posés et bénits en 1952.

C’est une série intéressante en elle-même, qui n’est pas sans évoquer la manière de Georges Rouault (son Miserere avait fait l’objet d’un livre en 1948). Les sujets témoignent d’une époque de retour à la Bible (scènes d’Évangiles, des Actes des Apôtres, Apocalypse). L’Assomption de la Vierge a supplanté logiquement la Conversion de saint Augustin, juste après la proclamation du dogme de l’Immaculée conception (1950). Mais la force du dessin et la vivacité des couleurs mettent terriblement à mal l’église classique, faite pour être claire et concentrée sur ses autels. Mariage raté de deux partenaires méritants, mais qui n’étaient pas faits pour s’entendre.

Un inventaire plus complet élargirait notre collection, depuis les symboles choisis par les Augustins pour les métopes du carré de transept (vers 1700, ci-dessus) jusqu’à l’Agneau vainqueur qui triomphe au fond du chœur (Archepel, 1951), et à l’émouvant «trésor» des calices des prêtres qui se succédèrent à Saint-Étienne… Le maître-autel à baldaquin (1827), très solennel, présente dans l’axe une enfilade de  symboles à la mode au début du XIXe s. Retenons la complémentarité de l’Agneau immolé (devant d’autel, 1827) et du Bon Pasteur (tabernacle, 1842) : «L’Agneau sera leur berger, et il les mènera vers des sources d’eau vive…» (Apoc., 7, 17). Le dessin de cette porte de tabernacle, par Langlois, a été conservé.

Cherchons d’abord quelques petits trésors eucharistiques dans l’église dont nous terminons ici l’étude. A eux seuls les trois autels du XIXe s. offrent déjà une riche moisson…

tabernacle

Dans la page 1 nous avons expliqué l’histoire de ces trois autels, très repris en 1842-43 par l’architecte Ch. Langlois.

C’est surtout de ce temps que date la grande variété d’allusions eucharistiques, notamment dans les tableaux et les portes des tabernacles. De 1842 date aussi l’enrichissement néo-Renaissance de l’autel de la Vierge (1825, néo-classique), devenu également l’autel de la Providence. Une rare image de la Multiplication des pains selon Saint Jean (Jourjon, 1842) est associée sur le tabernacle à un calice et une hostie, qui ressemblent à un ostensoir.

Symbole du Pélican

A gauche, l’autel du Précieux sang, refait en 1842 sur le modèle de celui de droite, rappelle fortement le sacrifice du Christ à travers la Pietà ( Jourjon, 1845) et le symbole ancien du Pélican (1843), remis en honneur depuis 1841, quand le jeune évêque Brossais-Saint-Marc le choisit pour son blason.

Caché aux regards à l’arrière du baldaquin, un quatrième tabernacle évoque l’Esprit-Saint, très présent dans la prière eucharistique.

Père Roger BLOT - 2006
pour Patrimoine religieux d'Ille-et-Vilaine