Église Saint-Étienne | .2

Outre les trois autels dont nous avons parlé (page 1), on compte pour cette église trois annexes créées par la paroisse au XIXe siècle, trois charpentes intéressantes, trois cloches … et trois orgues ! Trois annexes du XIXe, une du XVIIe

Vierge à l'enfant

La sacristie , dont nous ignorons tout au temps des Augustins, fut reconstruite en plus grand à droite du chœur en 1825 (architecte Giraud, entrepreneur Simon Macé). C’est un édifice néo-classique à trois niveaux. A l’étage, la salle de délibération accueillit, parmi tant de notables, les deux érudits de la Bigne Villeneuve et de la Borderie, mais aussi les  menuisiers Mélin qui réalisèrent une bonne partie du mobilier. Au niveau du chœur, la sacristie proprement dite est éclairée par une grande fenêtre caractéristique. Elle fut meublée en 1845- 47 par Mélin père sur des plans de Langlois. On y trouve une quantité impressionnante de calices, dont un du XVIIe, venu de Vitré au temps du curé B. Pocquet du Haut-Jussé. Mais son plus bel ornement reste un tableau du XVIIe de la Vierge à l’Enfant, dans un cadre du XVIIIe (une copie ?).

En pendant à la sacristie, de l’autre côté du chœur, une chapelle finement repeinte il y a une quinzaine d’années peut remonter au milieu du XIXe. Une tour d’escalier extérieure fut ajoutée par Arthur Regnault en 1889, avec un dôme pittoresque. Son principal décor, derrière l’autel, est une grande croix de procession achetée à Paris en 1842 (Choiselat-Gallien). La croix reste classique, mais la hampe est déjà néo-gothique.

descente de croix

Le baptistère est plus récent encore. En 1863, on venait d’ouvrir une seconde porte en façade, côté clocher. On voulait lui faire un pendant dans le bas-côté droit, mais l’énorme baldaquin des fonts baptismaux gênait (c’était celui du maître-autel de 1818, que le curé avait casé ici dès 1828). L’architecte Nugues bâtit donc une petite chapelle baptismale, qui ne fut achevée qu’en 1867. On y plaça les fonts du début XIXe , on détruisit l’intéressant baldaquin, et l’on ouvrit une troisième porte en façade. Actuellement, ce recoin sombre est surtout un faire valoir du vitrail du Baptême de Jésus de 1952, dont nous parlerons la prochaine fois.

Il existe encore une autre salle, mais qui n’est pas d’origine paroissiale. C’est la crypte des Augustins, par où sans doute ils commencèrent leur église. Elle suit les murs du chœur et repose sur quatre piliers. Privatisée à la Révolution, elle fut rachetée par la paroisse seulement en 1873. Elle était sûrement prévue pour des sépultures, mais nulle n’a été retrouvée.

église St-Etienne

Trois types de charpentes

charpente charpente

Contrairement aux magnifiques églises classiques de Rennes, celles des Jésuites et celle de Saint-Sauveur, l’église des Augustins ne fut pas voûtée de pierre. Elle offre tout de même des charpentes intéressantes, et impressionnantes par leur taille.

La charpente du corps principal de l’église, en forme de croix, est sans doute d’origine, malgré maintes reprises, surtout en 1827 et après les bombardements de 1944. Des fermes complexes, à doubles entraits, retiennent  une voûte en berceau aplati, enduite de plâtre depuis 1827 par dessus les lambris. Ce pourrait être l’œuvre d’André Desnos, «le Tourangeau», qui fut trésorier à Saint-Étienne et nous a laissé le clocher de Saint-Péran en 1712.

La charpente du clocher, rapiécée elle aussi, est encore plus originale, car le tambour qui porte le double dôme est de forme ovale. Le beffroi ancien a été remplacé au XXe s., sans souplesse. Par contre les charpentes des deux bas-côtés, à voûtes d’arêtes, ne peuvent être d’origine, car elles sont surbaissées par rapport aux arcades donnant sur le transept, qu’il a fallu modifier. Elles furent refaites en 1827, et aussitôt plâtrées.

Trois cloches d’un âge respectable

cloche

Toutes les trois remontent à la première génération paroissiale (1806 et 1826) et sont l’œuvre de fondeurs rennais.

La première est signée Guillaume, d’une dynastie de fondeurs très présente au XVIIIe siècle. Elle fut nommée Marie-Louise par Louis de Langle de Coëthuan «ancien président à mortierau Parlement de Bretagne» et Marie de la Riolais, dame de Trémic. Sont aussi cités les fabriciens et le curé de Saint-Étienne, Pierre Touchet. En outre, un petit poème latin rappelle ses fonctions dans la paroisse : «Je loue le vrai Dieu. J’appelle le peuple et je rassemble le clergé. J’écarte le tonnerre et j’égrène les heures. Je célèbre les mariages, [j’annonce] les naissances, je pleure les funérailles»…

Cette cloche ne pesant que 450 kg, une autre de 850 fut commandée en 1825 à Lecourant, autre Rennais qui nous a laissé des cloches richement décorées (on peut en admirer à Montgermont et Melesse). Elle se nomme Françoise Marie Stéphanie, à cause de sa marraine Françoise Gilet de Croyal, de son parrain Alfred Pierre Marie le Chapelier (de la famille de fameux avocat qui se fit un nom pendant la Révolution), et bien sûr de saint Etienne.

Une troisième cloche, beaucoup plus petite et signée aussi Lecourant, servit à appeler aux messes basses du matin.

Trois orgues

orgue

Le grand orgue et sa tribune

L’église Saint-Étienne est bien la seule en I.-et-V. à renfermer trois orgues, mais c’est parce que les deux premiers ne sont plus en état de jouer. Leur histoire et leur description ont été faites dans le catalogue «Orgues en Ille-et-Vilaine» (PUR, 2005). Nous ajoutons quelques précisions sur l’histoire des meubles.

bénitier

Le grand orgue fut refait par Mathieu et Schaaf, qui semblent avoir réutilisé certains éléments d’un orgue antérieur. Il fut reçu à la fin de 1828. Le buffet et la tribune furent conçus ensemble par Soulefâché, en même temps qu’il travaillait au nouveau baldaquin, et exécutés par le menuisier Mélin. L’ensemble était néo-classique sans fioritures, à part les oves de la corniche de la tribune qu’on demanda d’ajouter en fin de chantier. Il se complexifia au fil des restaurations, à commencer par celle de Gadault dès 1840. Le positif, qui coupe la balustrade de la tribune, apparut probablement avec la restauration de Ducroquet en 1850. L’ébéniste Hérault fils apporta sa pierre lors d’une nouvelle restauration de Claus en 1875, sans doute avec la lyre du fronton, qui tranche avec la sobriété d’origine.

Cette restauration de 1875 suivit de peu l’achat d’un orgue de chœur en 1867, fourni par Merklin et reçu en fin 1867. Il fut peint tel qu’il est en 1868. C’est l’abbé Brune qui avait suivi les travaux et avait fait rouvrir la fenêtre axiale du chœur, sous laquelle il fut placé.

Après les bombardements de 1944, de gros travaux de restaurations eurent lieu dans l’église, mais ceux des orgues ne furent jamais engagés. Finalement la paroisse acquit un petit orgue de chœur en 1985 (Pesce de Pau), dans l’espoir de jours meilleurs.

Étude écrite en 2006 par le Père Roger Blot pour la Chronique PATRIMOINE de la revue Église en Ille-et-Vilaine